Défendre une ligne, pas une écurie
Hier soir, à Saint-Égrève, nous étions réunis pour présenter aux militants isérois les différentes candidatures à la primaire.
Jérôme Guedj m’avait demandé de présenter sa candidature et d’en défendre la ligne. Je l’ai fait naturellement. Par amitié, bien sûr, mais surtout parce que j’y retrouve une politique que je porte depuis longtemps.
En 2022 comme en 2024, j’ai moi-même choisi de ne pas me fondre dans des accords qui ne correspondaient plus à ce que je voulais défendre, quitte à en assumer le prix politique. Jérôme Guedj a fait un choix comparable en 2024.
Il arrive un moment où la cohérence pèse davantage que le confort.
Beaucoup plus nous rassemble qu’on ne le croit
Et pourtant, cette primaire me place parfois dans une situation étrange. Car lorsque l’on regarde sérieusement les programmes, les convergences sont immenses. Et heureusement : nous appartenons à la même famille politique.
Nous avons parlé hier de travail, de santé, de protection sociale, d’industrie, d’écologie, de grand âge, de handicap, mais aussi des violences sexistes et sexuelles, de l’inceste et des violences faites aux enfants.
Sur tous ces sujets, je retrouve beaucoup de ce que j’ai moi-même travaillé comme élu à Grenoble et que je continue à suivre aujourd’hui à la Région.
Nous avons également parlé du financement de notre modèle social. Comment mieux répartir l’effort ? Comment faire davantage contribuer les très hauts patrimoines et les grandes entreprises ? Faut-il revoir certaines exonérations de cotisations ou certaines dépenses devenues moins pertinentes ? Comment penser demain un revenu universel sans fragiliser notre protection sociale ?
La gauche doit aussi penser le monde qui vient
Et puis il y a les bouleversements technologiques.
L’idée d’une « taxe robot », défendue autrefois par Benoît Hamon, mérite à mes yeux d’être remise sur la table à l’ère de l’intelligence artificielle : lorsque la technologie remplace une partie du travail humain et concentre davantage encore la valeur, il faut au moins se demander comment cette richesse participe au financement de la solidarité.
Ce ne sont pas des réponses toutes faites. Mais ce sont les questions qu’une gauche moderne doit se poser.
Retrouver ceux qui se sont éloignés de nous
Nous avons aussi essayé de comprendre pourquoi une partie de notre électorat populaire s’est éloignée.
Des promesses parfois déçues, une distance croissante avec les classes moyennes et ouvrières, avec ceux qui travaillent, produisent, soignent, conduisent et ont parfois le sentiment que la gauche parle beaucoup, mais plus assez avec eux.
Et il y a cette autre question qui nous poursuit : notre relation avec La France insoumise.
J’en suis arrivé à penser qu’elle nous encombre presque autant lorsque nous en parlons sans cesse que lorsque nous acceptons de nous placer dans son sillage.
Car notre problème n’est pas seulement de savoir ce que nous pensons de Jean-Luc Mélenchon et de sa garde rapprochée.
Notre problème est de savoir ce que nous sommes, nous.
Ces 20 % qui peuvent tout changer
Combattre l’extrême droite appartient à notre ADN. Mais cela ne fait pas un programme. Refuser certaines méthodes de Jean-Luc Mélenchon non plus.
Avec LFI, je parlerais presque d’un rapport de 80 à 20. Ce n’est évidemment pas une statistique, mais une image : sur beaucoup de politiques sociales, nous pouvons nous retrouver, discuter, voter ensemble.
Mais il reste ces 20 % où le désaccord devient rupture : la brutalisation du débat public, la conflictualité érigée en méthode, le procès permanent fait à celui qui nuance, certaines conceptions de l’universalisme, les tentations communautaires.
Et ces 20 % finissent parfois par rendre impossibles les 80 % restants.
Le malaise dépasse d’ailleurs notre famille. Des personnalités venues de LFI se sont elles-mêmes éloignées de Jean-Luc Mélenchon ou de son fonctionnement.
Si notre espace social-démocrate n’est pas suffisamment lisible et attractif pour offrir naturellement une autre perspective à ceux qui veulent sortir de cette logique, alors c’est que nous avons encore beaucoup à reconstruire.
Une même famille politique
C’est précisément là que la ligne portée par Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann me parle particulièrement.
Je retrouve chez eux cette gauche sociale-démocrate, républicaine, laïque, universaliste, européenne et écologiste que je veux défendre.
Mais Jérôme a, à mes yeux, quelque chose de supplémentaire : il ne s’est pas contenté de théoriser cette autonomie.
Il l’a mise à l’épreuve.
En 2024, il a assumé de ne pas faire campagne sous la bannière du Nouveau Front populaire parce qu’il refusait de s’associer à la direction actuelle de LFI.
Et il défend aujourd’hui une position claire : soutenir loyalement celle ou celui qui remportera la primaire présidentielle, mais retrouver ensuite notre autonomie pour les législatives.
Cette cohérence me parle.
Ne jamais assigner quelqu’un à son identité
Il y a aussi une inquiétude plus sourde : le retour de l’antisémitisme.
Jérôme Guedj comme Raphaël Glucksmann savent ce que signifie être ramenés à leur identité juive plutôt qu’à leurs idées. Parfois cela passe par l’insulte, parfois par l’allusion, par un nom que l’on souligne, une origine que l’on convoque.
Et dans une Europe qui connaît son histoire, cela devrait nous alerter.
Mon attachement à l’universalisme part aussi de là : aucun Français juif n’a à répondre du gouvernement israélien, pas davantage qu’un Français musulman n’a à répondre du Hamas ou de Daech.
La politique est aussi une affaire de proximité
Il y a enfin quelque chose de plus simple, mais qui compte : la manière de faire de la politique.
Jérôme est accessible. On peut lui parler, discuter, ne pas être d’accord, reprendre une conversation. Il répond ou rappelle.
Les équipes sont indispensables, mais elles ne devraient jamais devenir des murailles. J’ai appris avec le temps à accorder beaucoup de prix à cette proximité.
Je ne passe pas d’un homme à un autre
Au fond, je ne vis donc pas cette primaire comme le passage d’un homme à un autre.
Je la vois comme différentes expressions d’une même famille de pensée.
J’ai soutenu et je continue à me reconnaître dans beaucoup de ce que porte Raphaël Glucksmann, notamment sur l’Europe, l’international, l’universalisme et la social-démocratie.
Et je porte aujourd’hui Jérôme Guedj parce que je retrouve cette même famille politique, avec une expérience de terrain, une proximité humaine et une cohérence éprouvée qui me parlent particulièrement.
Hier soir, il y avait aussi une réalité toute simple : si je n’avais pas accepté de porter sa candidature, ce que Jérôme Guedj défend n’aurait pas été présenté aux militants isérois.
J’ai choisi de le faire.
Pas pour retirer une voix à quelqu’un d’autre.
Mais pour donner davantage de corps à une ligne que je crois nécessaire.
Une primaire doit créer un élan
Nous avons enfin parlé de notre primaire elle-même.
J’avais fait partie des 100 premiers signataires qui demandaient un scrutin largement ouvert. Parce qu’une primaire ne devrait pas seulement désigner un nom.
Elle devrait créer un élan et donner à celui ou celle qui gagne une légitimité suffisamment forte pour que, le lendemain, la compétition s’arrête et que la campagne commence.
Si nous terminons autour de quelques dizaines de milliers de votants, nous aurons un vainqueur légitime selon nos règles, mais nous risquons immédiatement un deuxième débat, parasite, sur la faiblesse de la participation.
C’est dommage, car notre problème est justement de redevenir attractifs au-delà de nos propres rangs.
Une alliance tactique ne peut pas devenir une identité
Alors oui, retrouver notre autonomie aura peut-être un coût électoral.
Mais une alliance tactique ne peut pas devenir une identité permanente.
Hier soir, à Saint-Égrève, je n’ai donc pas choisi un camp contre un autre.
J’ai choisi de donner davantage de force à une certaine idée de la gauche.
Une gauche qui ne passe plus son temps à expliquer ce qu’elle n’est pas.
Une gauche qui retrouve enfin le courage de dire ce qu’elle est, ce qu’elle veut et ce qu’elle veut faire.
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