Derrière le voile, une mécanique politique
Le Rassemblement national ressort le voile islamique et promet des amendes aux femmes qui le porteraient dans l’espace public. Derrière l’outrance, il y a surtout une mécanique politique qu’il serait dangereux de ne pas voir.
Bien sûr qu’il faut combattre l’islamisme. Sans faiblesse. Mais rappelons cette évidence : même si tous les islamistes se disent musulmans, tous les musulmans ne sont pas des islamistes.
Qui décidera de ce que signifie un foulard ?
La République ne peut pas commencer à trier les femmes dans la rue selon la signification supposée d’un foulard.
Une femme musulmane, une femme juive orthodoxe, une religieuse, une femme malade ou simplement quelqu’un qui choisit de se couvrir les cheveux : à quel moment le tissu devient-il une infraction ? Et qui décidera de la religion qu’il représente ?
C’est ici que remontent les vieux réflexes de l’extrême droite : regarder une apparence, lui attribuer une origine, puis une religion, et enfin une intention.
Car soyons sérieux : dans la rue, qui risque réellement d’être soupçonnée la première ? Celle dont le visage, le nom ou l’apparence seront spontanément associés à l’islam.
Voilà comment on ouvre la porte au contrôle au faciès et à la discrimination.
La laïcité n’est pas une police des apparences
La laïcité n’est ni une police du vêtement ni une police des apparences. Elle est précisément ce qui permet à chacun de croire, de ne pas croire, et à l’État de ne privilégier personne.
Et cette proposition est d’autant plus révélatrice qu’elle se heurte aujourd’hui à un obstacle constitutionnel majeur. Le RN le sait tellement bien qu’il envisage le référendum pour tenter de contourner le risque de censure.
Alors pourquoi remettre ce sujet au centre maintenant ?
Parce qu’en politique, celui qui impose le sujet impose souvent le rythme.
Ne pas courir derrière l’agenda du RN
Et lorsque tout le monde se met à courir derrière une polémique choisie par le RN, le RN devient la locomotive et les autres les wagons.
Pendant ce temps, on parle moins de ses contradictions, de son programme, de ses difficultés et des affaires judiciaires de Marine Le Pen. Sa condamnation dans l’affaire des assistants parlementaires européens a d’ailleurs été confirmée en appel en juillet dernier.
Mais il y a plus inquiétant encore.
Le RN sait que la polarisation lui profite. Il provoque, attend la surenchère, espère la réaction excessive, peut-être même le fait divers qui lui permettra ensuite de dire : « Vous voyez, nous avions raison. »
Deux radicalités qui finissent par se nourrir
Et face à lui, Jean-Luc Mélenchon prospère lui aussi sur l’affrontement permanent, les fractures identitaires et la conflictualisation du pays.
Les deux radicalités finissent ainsi par se nourrir l’une l’autre.
Le piège est là : une extrême droite désormais banalisée, notabilisée, presque normalisée, peut rêver de choisir l’adversaire qui lui serait le plus favorable. Et plus Mélenchon effraie les électeurs modérés, plus le vieux réflexe du front républicain s’efface.
Refusons cette partie écrite à deux.
Retrouver la boussole républicaine
Combattre l’islamisme sans suspecter les musulmans.
Combattre le racisme sans sombrer dans le communautarisme.
Défendre la laïcité sans en faire une arme identitaire.
La République n’est pas le point faible entre deux radicalités.
Elle doit redevenir leur limite.
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