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Ligne de Crête

Revendiquer, oui. Dégrader, non.

Une parole vive pour penser le présent, nommer les faits et imaginer demain.

À Grenoble, les revendications lycéennes peuvent être légitimes. Mais dégrader les établissements, s’en prendre aux transports et pénaliser celles et ceux qui travaillent tôt ne fait qu’affaiblir le mouvement. Le service public doit rester un bien commun.
Conducteur de bus à Grenoble tôt le matin
À 5 heures du matin, la ville dort encore. Mais beaucoup sont déjà en route pour la faire tenir debout.

À 5 heures, la ville commence déjà à travailler

Hier comme ce matin, prise de service à 5h.

Puis la ville qui, peu à peu, se ferme : déviations, rues coupées, incidents, jusqu’à devoir rentrer les bus au dépôt. Nous avons nous-mêmes été pris à partie sur certains secteurs.

Et ça, je ne peux pas l’accepter.

Parce qu’un conducteur ou une conductrice qui se lève à l’aube, ce n’est pas seulement pour conduire un bus : c’est pour rendre un service.

Dans le mien, le matin, il y a beaucoup de mamans qui partent faire des ménages, avec des horaires très tôt, parfois très tard, des amplitudes terribles pour quelques heures de travail et un salaire souvent bien trop faible.

Il y a celles et ceux qui partent en entreprise, celles et ceux qui vont à l’hôpital Sud, ceux qui terminent une nuit entière et ceux qui viennent les relever au petit matin.

Il y a aussi des personnes âgées, des personnes handicapées, des gens qui n’ont tout simplement pas d’autre solution.

C’est eux, et c’est elles, qui paient le prix quand le service public s’arrête.

Une colère légitime ne justifie pas tout

Les revendications lycéennes peuvent être légitimes.

Avec les quatre groupes d’opposition à la Région, nous avions mené la Mission Lycées, recueilli des milliers de contributions et formulé 30 propositions. Nous savons donc ce qu’il reste à faire dans certains établissements.

Mission Lycées — le rapport et les 30 propositions

Consulter le rapport

Mais on ne défend pas son lycée en le dégradant. On ne réclame pas davantage de moyens en détruisant ce qui appartient à toutes et tous.

Et les lycéennes et les lycéens qui veulent être entendus doivent aussi refuser de se laisser entraîner par celles et ceux qui cherchent l’affrontement.

Sinon, une colère légitime finit par devenir inaudible et par discréditer le mouvement tout entier.

Un élu devrait contribuer à apaiser

Les responsables politiques ont, eux aussi, une responsabilité particulière.

Allan Brunon a choisi d’être présent sur ces mobilisations et de mettre en cause l’action des policiers. Il en a le droit.

Mais j’attends d’un élu qu’il contribue à calmer les tensions, pas à les nourrir.

Il y a quelques mois, Allan Brunon voulait présider M TAG pour, disait-il, défendre les agents et le service public.

Curieuse conception aujourd’hui de cette responsabilité : quand les transports sont pris pour cible et les usagers laissés sur le bord du chemin, on attend d’un responsable politique qu’il apaise, pas qu’il jette encore un peu d’huile sur le feu.

On ne peut pas réclamer les clés de la maison et applaudir quand on en secoue les murs.

Demain, nous reprendrons encore tôt

Demain, nous reprendrons encore tôt. Pour transporter celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix.

Alors manifestez, revendiquez, faites-vous entendre.

Mais respectez celles et ceux qui se lèvent avant l’aube pour faire tenir la ville debout.

On ne défend pas le service public en le mettant à l’arrêt…

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