Être en désaccord n'autorise pas à empêcher
On peut être en désaccord avec Barbara Butch. On peut contester ses prises de position, y compris son soutien à la proposition de loi Yadan.
Personnellement, je n'étais pas favorable à ce texte, car j'y voyais le risque de brouiller la frontière entre la lutte indispensable contre l'antisémitisme et la liberté, tout aussi essentielle, de critiquer la politique d'un État.
Mais rien, absolument rien, ne justifie d'empêcher un concert et de priver le public d'une fête populaire.
J'étais présent ce soir-là. D'abord parce que je crois profondément que la liberté de création mérite d'être défendue, particulièrement à une époque où le monde de la culture est déjà fragilisé par les restrictions budgétaires et les pressions de toutes sortes.
Ensuite parce que, dans une démocratie, les désaccords se règlent par le débat, jamais par l'empêchement.
La gauche que j'aime
La gauche que j'aime a toujours répondu aux idées par les idées.
Si des militants souhaitaient interpeller Barbara Butch, ils pouvaient demander un échange avec elle, proposer une prise de parole avant le concert ou organiser un débat contradictoire.
Ils pouvaient exprimer leur désaccord, puis laisser le spectacle se dérouler.
C'est cela, le pluralisme.
Ce qui s'est produit ce soir à Grenoble n'est une victoire pour personne.
Le concert a été interrompu après quelques minutes seulement, des insultes ont été lancées contre l'artiste et plusieurs élus ont été pris à partie.
Ce n'est plus débattre. C'est empêcher.
L'antisémitisme mérite mieux que les ambiguïtés
Je comprends sincèrement l'angoisse ressentie par beaucoup de nos concitoyens juifs face à la progression de l'antisémitisme.
Ce qui m'inquiète, c'est que l'attitude de certains responsables et militants de La France insoumise ne fait qu'alimenter ce malaise.
À chaque ambiguïté, à chaque refus de condamner clairement certains débordements, à chaque intimidation, ils offrent au Rassemblement national un argument supplémentaire pour tenter de se présenter comme le protecteur des Français juifs.
Cette stratégie est politiquement redoutable parce qu'elle prospère sur les erreurs de ses adversaires.
Ces derniers mois, j'ai été frappé par les échanges que j'ai pu avoir avec plusieurs personnes de confession juive, souvent modérées et très éloignées de l'extrême droite.
Certaines m'ont confié que, dans un hypothétique second tour opposant Jean-Luc Mélenchon au Rassemblement national, leur choix ne serait plus aussi évident qu'autrefois.
Ce constat devrait tous nous alerter.
Non pas parce que le RN aurait changé son histoire, mais parce que nous donnons parfois le sentiment de ne plus entendre suffisamment l'inquiétude provoquée par la montée de l'antisémitisme.
Le RN a parfaitement compris l'intérêt qu'il pouvait tirer de cette situation : tenter de faire oublier son propre héritage en se présentant aujourd'hui comme le défenseur des Français juifs.
Lui abandonner ce terrain serait une faute morale autant qu'une faute politique.
Refuser les caricatures
J'étais également parmi les élus pris à partie après l'interruption du concert.
Les échanges qui ont suivi n'ont fait que renforcer mon inquiétude.
Au lieu d'un débat serein, j'ai entendu les mêmes procès d'intention revenir en permanence.
Refuser qu'un concert soit empêché, c'était être « fasciste ».
Défendre la liberté artistique, c'était être aussitôt assimilé à un soutien du gouvernement de Benyamin Netanyahou.
Comme s'il n'était plus possible d'avoir une position équilibrée.
Une position constante
Pour ma part, elle n'a jamais varié.
Je défends depuis toujours la solution à deux États, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.
J'ai toujours condamné les choix et les actions du gouvernement de Benyamin Netanyahou lorsqu'ils me paraissaient contraires au droit international ou aux valeurs que je défends.
Mais je refuse tout autant de réduire Israël à son gouvernement, comme je refuse de réduire les Palestiniens au Hamas.
Israël est un État démocratique et souverain, dont les gouvernements changent au gré des élections.
Critiquer un gouvernement n'a jamais signifié contester le droit d'un peuple à disposer d'un État.
C'est aussi pour cette raison que je me méfie des simplifications.
Le mot « sioniste » est aujourd'hui trop souvent utilisé comme une injure ou une étiquette destinée à disqualifier.
Or, historiquement, le sionisme est le mouvement qui défend l'existence d'un État juif.
On peut parfaitement reconnaître la légitimité de l'existence de l'État d'Israël tout en étant en profond désaccord avec les choix de son gouvernement.
Les deux ne sont pas contradictoires.
Une même exigence républicaine
Je continuerai à défendre le droit du peuple palestinien à vivre libre, en sécurité et à disposer de son propre État.
Je continuerai à dénoncer les souffrances infligées aux civils de Gaza.
Mais je continuerai avec la même détermination à combattre l'antisémitisme et à défendre la liberté de création.
Ces combats ne s'opposent pas.
Ils relèvent d'une même exigence républicaine : défendre la liberté, refuser toutes les formes de haine et ne jamais renoncer au dialogue.
Empêcher un concert ne fait avancer aucune cause. Cela affaiblit seulement la démocratie… et, à mes yeux, une certaine idée de la gauche.
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