Quand l’union des droites s’organise : Grenoble n’est pas à l’abri

Une parole vive pour penser le présent, nommer les faits et imaginer demain.

Billet

Je ne veux pas rejouer les Cassandre. Ni me poser en prophète de malheur. Mais ce qui se met en place aujourd’hui, je le dis depuis près de dix ans : la droite dite républicaine ne se contente plus de flirter avec les thèses de l’extrême droite, elle prépare les conditions d’une union assumée, locale comme nationale.

Il n’y a rien de feutré dans la stratégie de Laurent Wauquiez. Tout est dans le fracas, dans la reprise frontale des mots, des obsessions et des peurs de l’extrême droite. Immigration, sécurité, désignation permanente de boucs émissaires : les digues idéologiques ont sauté. L’objectif est clair, revendiqué, martelé : rendre possible et acceptable une union des droites, en tirant l’ensemble du paysage vers le plus dur.

Et c’est ici, en Auvergne-Rhône-Alpes, que cette stratégie prend toute sa dimension. La Région n’est pas un territoire périphérique : elle est devenue un véritable laboratoire de l’extrême droite et de cette droite dite « unie », où s’expérimente sans détour la convergence des discours, des thèmes et des alliances. Ici, on teste, on durcit, on banalise, pour ensuite essaimer ailleurs. Ce qui s’y joue n’est pas local : c’est une matrice politique destinée à entraîner le reste du pays.

Penser que Grenoble serait étrangère à ce mouvement serait une erreur majeure. Peut-être que Alain Carignon n’en est pas le porte-voix officiel. Mais il devient, qu’il le veuille ou non, responsable politiquement de ce qui s’organise autour de lui. Là où Wauquiez cogne frontalement, d’autres œuvrent plus discrètement, par réseaux, par passerelles, par normalisation.

Au centre de ces circulations locales, il y a Clément Chappet. Pas un idéologue, pas un tribun. Un homme de liaisons. Celui qui rend compatibles des mondes que l’on disait irréconciliables.

Ces proximités s’inscrivent dans la durée. Les liens anciens avec Alexandre Lacroix, candidat soutenu par l’UDR et le Rassemblement national sur la première circonscription en 2024, avec Hanane Mansouri, aujourd’hui députée ciottiste, les passages par les cabinets régionaux, tout cela dessine une cohérence. Rien n’est fortuit. Tout s’emboîte.

Et la suite est déjà en train de s’écrire. À Grenoble, l’union à venir se prépare aussi au grand jour. Valentin Gabriac, candidat du Rassemblement national, multiplie les signaux de convergence. On les retrouve ensemble en tête de cortège lors de manifestations, notamment avec Alliance Police. On les voit aux mêmes réunions, dans les mêmes cercles, y compris ceux de l’UNI. Gabriac ménage ses mots lorsqu’il évoque Alain Carignon. Tout cela corrobore une stratégie : préparer les esprits, banaliser la proximité, rendre l’alliance pensable, puis acceptable, puis évidente.

C’est toujours ainsi que l’extrême droite avance : par le choc quand elle le peut, par la liaison quand elle le doit.

Ils ont déjà réussi ce type d’opération. Le parcours d’Émilie Chalas en est une illustration. Présentée longtemps comme issue de la gauche, elle est en réalité le produit d’un moule politique bien identifié à Grenoble, cette pouponnière de Moirans, longtemps liée à l’univers carignonien, d’où sont sortis plusieurs cadres aujourd’hui recyclés dans la pseudo-macronie locale. D’autres trajectoires racontent la même histoire, sous des formes différentes, dont celle de Pierre-Édouard Cardinal. Pas de complot. Des continuités.

Les sondages, enfin, appellent à la plus grande prudence. Oui, la gauche est donnée en tête au premier tour. Mais le fond est fragile : près de 55 % des Grenoblois se disent mécontents du travail municipal, près de 69 % ne souhaitent pas la reconduction de l’équipe sortante. L’abstention est massive, la défiance profonde, les reports imprévisibles.

Et pendant que, en face, ils s’organisent, avancent, tissent leurs alliances, la gauche continue trop souvent à se croire à l’abri. Douze ans d’erreurs non digérées, d’entre-soi, d’élitisme, de certitudes auto-satisfaites. On ne gagne jamais durablement en regardant son propre reflet.

En politique, on n’est jamais tranquille. Et ceux qui l’oublient finissent toujours par le payer…

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