Dans l’affaire Renée Good, l’affrontement ne porte pas uniquement sur la scène elle-même, mais sur la permission sociale d’y voir ce qu’on veut : une exécution injustifiable ou une “légitime défense” proclamée avant même que la justice n’ait travaillé.
Or cette mécanique, nous la connaissons déjà en France : quand une partie de la droite et de l’extrême droite réclame depuis des années une “présomption de légitime défense” pour les forces de l’ordre, elle ne propose pas qu’un simple ajustement technique ; elle pousse une bascule culturelle où l’usage de la force devient présumé juste, et la victime sommée de prouver qu’elle méritait de vivre.
Cette idée revient régulièrement dans le débat public et au Parlement, défendue notamment par LR et historiquement par le RN, et elle a encore été remise à l’agenda politique ces derniers jours.
Psychologiquement, c’est une pente : plus on installe l’idée que l’ordre doit être “protégé” de la critique, plus on rend normale la brutalité, plus on transforme l’émotion en soupçon (“si elle est morte, c’est qu’elle l’a cherché”).
Sociétalement, c’est une fracture : le jour où une partie du pays ne demande plus “quels sont les faits ?”, mais “de quel camp est la victime ?”, l’État de droit devient un décor. Et le danger français, ce n’est pas une copie conforme de Minneapolis : c’est l’écho.
Dans une France déjà travaillée par la montée des violences déclarées (notamment sexuelles) et par la tension autour des contrôles et du rapport police-population, injecter encore plus de “permis moral” dans l’usage de la force, c’est fabriquer de l’irréparable.
Voilà ce que nous devons craindre : non pas seulement des actes, mais la normalisation d’un imaginaire politique où la force prime sur la vérité, et où l’on gouverne par la peur, en demandant au pays d’applaudir avant de comprendre.
Minneapolis n’est pas “loin” : c’est une alarme qui sonne pour toutes les démocraties fatiguées, et la France en fait partie si elle confond sécurité et immunité, autorité et impunité…

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