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Ligne de Crête

On ne combat pas le racisme en assignant chacun à sa communauté

Une parole vive pour penser le présent, nommer les faits et imaginer demain.

À force de vouloir combattre les discriminations par les identités, une partie de la gauche risque de reproduire ce qu’elle prétend combattre : enfermer les individus dans leur origine, leur religion ou leur histoire. Les propos d’Houria Bouteldja sur La France insoumise éclairent crûment cette dérive.
On ne combat pas le racisme en assignant chacun à sa communauté
Combattre les discriminations ne devrait jamais conduire à enfermer les individus dans les identités par lesquelles ils sont discriminés.

Écoutons attentivement ce qui est dit

Il faut écouter attentivement Houria Bouteldja. Non pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas, mais précisément parce que ce qu’elle dit est suffisamment éclairant.

Elle présente aujourd’hui La France insoumise comme le « lieu de condensation » de décennies de luttes décoloniales. Mélenchon avait déjà été qualifié par elle de « butin de guerre ». Et elle explique désormais que ne pas soutenir LFI reviendrait, pour ces militants, à renier leur propre œuvre.

Voilà qui mérite réflexion.

Les mots employés et la stratégie politique qu’ils décrivent méritent d’être entendus et débattus.

Combattre les discriminations sans enfermer les individus

Le racisme et les discriminations existent. Ils frappent encore des Français en raison de leur nom, de leur origine, de leur couleur ou de leur religion. Les combattre doit être une obsession républicaine.

Mais il existe une frontière dangereuse entre libérer quelqu’un d’une discrimination et l’enfermer politiquement dans l’identité par laquelle il est discriminé.

Lorsque l’on explique constamment à des citoyens qu’ils sont d’abord « musulmans », « racisés », « indigènes », « blancs » ou descendants de colonisés avant d’être des individus libres ; lorsque leurs blessures deviennent un capital politique et leur colère une réserve électorale, on ne combat plus véritablement l’assignation identitaire : on l’exploite.

Il existe une frontière dangereuse entre libérer quelqu’un d’une discrimination et l’enfermer politiquement dans l’identité par laquelle il est discriminé.

Le piège d’un racisme nouvelle génération

C’est peut-être là le racisme nouvelle génération : non plus forcément celui qui rejette l’autre, mais celui qui a besoin que l’autre demeure différent pour pouvoir politiquement parler en son nom.

L’extrême droite a longtemps prospéré en découpant la France selon les origines. Une partie de la gauche commettrait une faute historique en reproduisant cette mécanique en inversant simplement les rôles.

L’émancipation ne consiste pas à changer le propriétaire des cases. Elle consiste à sortir les êtres humains des cases.

Retrouver l’horizon universaliste

La République doit regarder son histoire coloniale en face, combattre sans faiblesse le racisme et les discriminations et réparer ce qui doit l’être.

Mais son horizon doit rester le même : faire de chacun non le représentant d’une communauté, mais un citoyen libre et l’égal de tous.

C’est cette gauche républicaine là que je veux défendre.

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