Peut-on vraiment faire disparaître une partie de la dette ?
Matthieu Pigasse rejoint ici une idée défendue depuis longtemps par Jean-Luc Mélenchon.
Son raisonnement est simple : pendant le Covid, l’État a emprunté massivement et la Banque centrale a racheté une partie de cette dette en créant de la monnaie. Il en conclut que nous disposons de marges de manœuvre bien plus importantes qu’on ne le prétend et qu’une partie de cette dette détenue par la Banque centrale pourrait être annulée « sans aucun impact économique ni financier ».
Il estime également que l’inflation qui a suivi vient principalement des pénuries, des ruptures d’approvisionnement et de la guerre en Ukraine, davantage que de cette création monétaire.
Le Covid a effectivement changé notre regard
Sur un point, il a raison : le Covid a montré que lorsque la nécessité l’impose, des centaines de milliards peuvent être mobilisés.
Mais faut-il pour autant faire disparaître la dette pour retrouver notre capacité d’agir ?
Une autre voie existe.
Elle consiste à assumer la dette lorsqu’elle finance durablement l’avenir.
Toutes les dettes ne racontent pas la même histoire
Pourquoi ?
Parce qu’emprunter pour payer chaque année des dépenses que l’on n’arrive plus à financer n’est pas la même chose qu’emprunter pour construire quelque chose qui servira pendant trente, quarante ou cinquante ans.
Si nous empruntons pour construire une ligne ferroviaire, rénover des hôpitaux, produire notre énergie, isoler des logements ou adapter nos villes au changement climatique, les générations suivantes hériteront certes d’une partie de la dette.
Mais elles hériteront aussi de la ligne ferroviaire, des hôpitaux, des logements rénovés et des infrastructures que cette dette aura permis de construire.
Et parce que ces équipements serviront également demain, il n’est pas absurde que leur coût soit réparti sur plusieurs générations.
Emprunter pour financer durablement l’avenir n’est pas la même chose qu’emprunter pour financer chaque année ce que l’on n’arrive plus à payer.
Effacer la dette ou mieux choisir ce qu’elle finance ?
C’est peut-être là que se trouve la différence essentielle.
Pigasse nous dit en quelque sorte : retrouvons des marges de manœuvre en effaçant une partie de la dette.
On peut aussi choisir de dire : gardons la dette, assumons-la lorsqu’elle est utile, mais exigeons qu’à chaque euro emprunté corresponde autant que possible quelque chose que nous laisserons derrière nous.
Le véritable enjeu n’est peut-être donc pas seulement de savoir combien nous devons.
Mais ce que nous avons construit avec ce que nous avons emprunté.
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