Il n’y a jamais « trop » d’êtres humains
Il n’y a jamais « trop » de Juifs. Pas plus qu’il n’y a « trop » d’Arabes, « trop » de musulmans, « trop » d’étrangers.
Il y a seulement trop de haine lorsqu’on commence à compter les êtres humains par catégories.
Les propos tenus aux Deux-Alpes sont graves. La justice est saisie et fera son travail.
Mais nous aurions tort d’en faire seulement l’histoire d’une commerçante et d’une vidéo devenue virale.
Car le problème est plus large : quelque chose s’est débridé dans notre société.
Quelque chose s’est débridé
On assigne de nouveau les individus à leurs origines, leur religion, leur couleur, leur nom.
On généralise. On essentialise. On désigne.
Et les réseaux sociaux offrent à chaque préjugé une tribune, à chaque colère une foule et à chaque haine la possibilité de devenir virale en quelques heures.
Alors oui, il faut condamner.
Oui, il faut sanctionner lorsque la loi est violée.
Mais répéter chaque semaine que « la haine n’a pas sa place dans la République » pendant qu’elle en gagne chaque jour davantage ne peut plus constituer une politique.
Le combat doit redevenir concret
Le combat doit redevenir concret.
Éducation, prévention, justice, responsabilité des plateformes, présence publique sur le terrain : combattre l’antisémitisme, le racisme et toutes les discriminations exige autre chose que des indignations successives.
Il faut prévenir plus tôt, sanctionner lorsque cela est nécessaire, responsabiliser les réseaux qui amplifient les contenus haineux et réinvestir les espaces où les préjugés prospèrent.
Mais surtout, il faut retrouver une ligne claire.
On ne choisit pas les haines que l’on combat en fonction de son camp politique.
Une seule règle : protéger chacun
Il ne peut pas y avoir une indignation pour les uns et une relativisation pour les autres.
L’antisémitisme est inacceptable.
Le racisme anti-arabe est inacceptable.
La haine des musulmans est inacceptable.
La xénophobie est inacceptable.
Toutes les discriminations le sont.
La République ne découpe pas ses citoyens en communautés concurrentes. Elle protège chacun avec la même force.
C’est précisément parce que nous refusons les amalgames que nous devons combattre toutes les haines avec la même exigence.
Refuser la banalisation
Le danger n’est pas seulement dans la violence spectaculaire.
Il est aussi dans l’habitude.
Dans le mot que l’on laisse passer.
Dans la généralisation que l’on excuse.
Dans la haine que l’on relativise parce qu’elle vise ceux que l’on considère comme appartenant au « mauvais camp ».
C’est ainsi que les limites se déplacent.
C’est ainsi que l’inacceptable finit par devenir ordinaire.
Parce qu’une société commence toujours à se perdre de la même manière : le jour où elle accepte l’idée que certains seraient devenus « trop nombreux ».
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