Ligne de Crête

La sécurité, première des solidarités.

Une parole vive pour penser le présent, nommer les faits et imaginer demain.

À travers cette réflexion, Stéphane Gemmani défend une vision républicaine où la sécurité constitue une condition essentielle de la solidarité et de la dignité humaine.

Je veux d’abord adresser mes pensées aux victimes, à leurs proches, aux habitants du quartier Mistral, ainsi qu’à tous les agents mobilisés depuis cette nouvelle tragédie : policiers, pompiers, soignants, éducateurs, travailleurs sociaux.

Je veux aussi dire mon soutien à l’adjoint à la sécurité, Gaëtan Monot, ainsi qu’à la maire de Grenoble, Laurence Ruffin, parce qu’il faut reconnaître que des démarches ont été engagées, notamment lorsqu’elle avait sollicité dès le début du mandat, avec la maire d’Échirolles, un renforcement des moyens de l’État face à l’explosion des trafics.

Regarder la réalité en face

Mais il faut désormais avoir le courage de regarder la réalité en face. Et cette réalité est brutale.

Pendant des années, notre pays a cru pouvoir contenir la montée du narcotrafic avec des dispositifs trop fragiles, parfois sincères, parfois utiles, mais souvent utilisés comme des rustines sociales sur des fractures profondes.

On a demandé à quelques médiateurs, quelques associations, quelques “grands frères”, de maintenir une paix précaire pendant que reculaient lentement les éducateurs spécialisés, la prévention structurée, la police judiciaire de terrain, la justice du quotidien et la présence durable de l’État.

Certains ont accompli un travail remarquable. D’autres ont parfois trouvé dans cette ambiguïté une forme de confort ou d’influence locale. Mais le véritable problème est ailleurs : la République a trop souvent sous-traité ce qu’elle aurait dû assumer elle-même.

Pendant que la République reculait

Pendant ce temps-là, les réseaux criminels, eux, ne débattaient pas. Ils recrutaient. Ils s’armaient. Ils investissaient. Ils structuraient leurs territoires.

Aujourd’hui, certains trafics disposent d’une puissance financière, logistique et humaine qui dépasse parfois les moyens réellement engagés face à eux.

Les habitants des quartiers populaires ne demandent ni angélisme, ni communication permanente, ni empilement de réunions ou de “comités Théodule” donnant parfois l’impression du mouvement sans produire encore le rapport de force nécessaire.

Ils demandent une République forte, humaine, stable et durable. Une République qui protège réellement les familles honnêtes abandonnées depuis trop longtemps entre la peur des trafics et l’épuisement du quotidien.

La première des solidarités

La sécurité restera toujours, pour moi, la première des solidarités.

Parce qu’elle est celle que partagent les plus modestes comme les plus privilégiés. Parce que lorsqu’une ville ne se sent plus en sécurité, tout le reste finit par devenir invisible : l’éducation, la culture, la solidarité, l’écologie urbaine, le commerce, la fraternité même.

Une ville apaisée devient un terreau fertile pour tout le reste. Une ville gangrenée par la peur finit toujours par s’abîmer de l’intérieur.

Le temps des demi-mesures est terminé

Il est donc temps d’accentuer véritablement le mouvement. Pas seulement par des mots, mais par des moyens massifs, humains, judiciaires, éducatifs et policiers.

Car à chaque fois que la République hésite, d’autres puissances occupent le vide…

Là où l’État recule durablement, les réseaux criminels avancent toujours.

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