Quand certains prétendent décider qui peut manifester
Le reportage diffusé hier soir sur France 2, consacré aux difficultés rencontrées par Raphaël Glucksmann dans les manifestations, mérite qu’on s’y attarde.
D’autant que Jérôme Guedj a lui aussi connu ce genre d’accueil, parfois avec une violence autrement plus préoccupante.
Et puisque nous en parlons, je vais raconter quelque chose que j’avais préféré garder pour moi. Parce que ce n’était ni le lieu ni le moment.
Mais à un moment donné, il faut que ça cesse.
À Grenoble, devoir justifier sa présence contre le racisme
Lundi 26 octobre, je me suis rendu devant la MC2, à Grenoble, pour participer au rassemblement contre le racisme et la xénophobie.
À peine arrivé, certains m’ont demandé, dixit : « ce que je foutais là ».
Comme si je devais justifier ma présence ou présenter un certificat de conformité politique.
La cohérence ne peut pas être à géométrie variable
Et puis, très franchement, nous ne sommes pas dupes.
Au micro, on nous explique que ce rassemblement ne doit pas être politique. Pourtant, j’y ai vu intervenir des responsables politiques, dont des élus de La France insoumise qui ne mentionnaient pas leur mandat.
J’ai également constaté des distributions de tracts et des collectes de coordonnées, adresses et numéros de téléphone, ainsi que des appels à agir dans les quartiers.
Quand on affiche la volonté de préserver un rassemblement de toute récupération partisane, la cohérence exige de s’appliquer ce principe à soi-même.
Dénoncer l'exclusion sans la reproduire
Je ne confonds pas l’ensemble des militants de La France insoumise avec ceux qui adoptent des comportements d’exclusion.
Et je ne prétends pas connaître l’appartenance politique de chacun de ceux qui m’ont interpellé.
Mais cette manière de faire devient insupportable.
On ne peut pas dénoncer l’exclusion et pratiquer soi-même la mise à l’écart.
Revendiquer la tolérance et refuser la différence. Se présenter systématiquement comme victime tout en participant parfois à l’intimidation des autres.
L'antiracisme n'appartient à personne
J’ai consacré une grande partie de ma vie à combattre l’exclusion.
Ce n’est certainement pas aujourd’hui que je vais demander la permission de participer à un rassemblement contre le racisme.
L’antiracisme n’est la propriété de personne. Pas davantage que la rue ou les valeurs de gauche.
La fraternité ne peut pas avoir de frontières partisanes
Et ce qui me révolte le plus, c’est qu’au moment même où nous devrions nous retrouver face à la haine et à la xénophobie, certains trouvent encore le moyen de dresser des frontières entre nous.
À force de vouloir décider qui a le droit de marcher à leurs côtés, certains finissent par reproduire les mécanismes d’exclusion qu’ils prétendent combattre.
On ne défend pas la fraternité en choisissant ceux qui auraient le droit d’en faire partie.
Le reportage de France 2
Le reportage diffusé sur France 2, consacré aux difficultés rencontrées par Raphaël Glucksmann dans les manifestations.