Penser d'abord à Joris
Une pensée, d'abord, pour Joris. Pour ses parents, sa famille, ses proches.
Aucun mot n'effacera leur douleur.
L'enquête devra établir les responsabilités. La justice devra dire ce qu'il s'est réellement passé.
Mais une chose glace déjà le sang : trois semaines avant sa mort, Joris aurait reçu des messages mêlant injures racistes et menaces de mort.
Une tragédie qui se répète
Joris n'est malheureusement pas un cas isolé.
Avant lui, il y a eu Dinah, Lindsay, Nicolas, et tant d'autres.
À chaque fois, le même scénario semble se répéter : des humiliations, des alertes, des témoins, puis un drame.
Et une société entière qui découvre, trop tard, ce que certains savaient déjà.
Le racisme, lorsqu'il est établi, est un délit. Il doit être combattu avec la plus grande fermeté.
Mais le harcèlement va bien au-delà.
Il s'attaque toujours à celui que le groupe considère comme différent : son origine, son handicap, son apparence, son orientation sexuelle, sa précarité, sa timidité…
Peu importe le prétexte. Ce qui compte, c'est la désignation d'une victime.
Agir avant qu'il ne soit trop tard
Ce qui me révolte, c'est que nous continuons à agir après les drames.
En France, les sanctions existent. Elles peuvent être très lourdes lorsque le harcèlement conduit au suicide.
Mais notre faiblesse est ailleurs : nous intervenons encore trop tard.
S'inspirer de ce qui fonctionne
D'autres pays ont choisi d'aller plus loin dans la prévention.
En Finlande, le programme KiVa ne se contente pas de sanctionner les harceleurs : il responsabilise toute la classe, notamment les témoins, car un harceleur perd une grande partie de son pouvoir lorsque le groupe refuse de le suivre.
En Norvège, les établissements scolaires ont l'obligation d'intervenir dès les premiers signes de harcèlement et de mettre en œuvre un plan d'action sans attendre que la situation s'aggrave.
En Suède, les écoles sont soumises à une obligation permanente de prévention et à une politique de tolérance zéro face au harcèlement et aux atteintes à la dignité.
Ces pays n'ont pas fait disparaître le harcèlement. Personne n'y est parvenu.
Mais ils ont compris une chose essentielle : la meilleure sanction est celle qui empêche qu'une victime en arrive à penser que la mort est la seule issue.
Protéger avant de réparer
C'est sans doute là que la France doit encore progresser.
Je crois que toute menace grave devrait entraîner une réaction immédiate.
Je crois que les témoins doivent être responsabilisés.
Je crois que les familles doivent être accompagnées dès les premiers signaux.
Je crois aussi que les auteurs doivent comprendre très tôt que le harcèlement n'est jamais une plaisanterie, mais une violence qui peut détruire une vie.
J'en ai assez de voir notre société s'émouvoir après chaque tragédie, avant de reprendre son cours comme si rien ne s'était passé.
Nous ne pourrons sans doute jamais supprimer toute la cruauté humaine.
Mais nous pouvons choisir de ne plus la laisser prospérer dans le silence, l'indifférence ou la lâcheté.
La meilleure manière d'honorer la mémoire de Joris ne sera jamais un discours, une minute de silence ou quelques fleurs. Ce sera de faire en sorte qu'un autre enfant, un autre adolescent, un autre jeune adulte, n'ait plus jamais le sentiment qu'il est seul face à une meute.
Pour que plus jamais
À Joris. À ses parents. À sa famille. À tous ceux qui l'aimaient.
Mes pensées les plus sincères les accompagnent.
Et j'espère profondément que de cette tragédie naîtra enfin une volonté collective : celle de protéger avant de réparer, d'agir avant de pleurer.
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