Une opportunité saisie dans l’urgence
Il fallait aller vite. L’occasion était là. Plusieurs villes ou pays avaient reculé, renoncé ou réorienté leurs ambitions olympiques, et les Alpes françaises ont saisi la fenêtre qui s’ouvrait.
Très bien.
Mais saisir une opportunité ne dispense jamais de préparer sérieusement ce que l’on promet.
Deux ans après l’attribution des Jeux, nous en sommes encore à nous demander qui pilote quoi. Fourcade renonce sur des désaccords de gouvernance. Grospiron arrive. Son directeur général part. L’organisation est remaniée. Grospiron s’en va à son tour. Et nous reparlons de tandems, de profils, de noms et d’équilibres.
À ce stade, ce n’est plus un accident. C’est un problème politique.
Ceux qui ont porté la candidature doivent aussi assumer sa préparation
Laurent Wauquiez et sa majorité ont largement porté cette candidature et revendiqué son attribution comme une victoire. Ils ne peuvent aujourd’hui regarder les difficultés de sa préparation comme si elles leur étaient étrangères.
Nous avons parfois le sentiment que l’on a voulu poser le toit avant d’avoir terminé les fondations.
Mais pendant que l’on discute des fauteuils, une question beaucoup plus importante se dessine : quels Jeux d’hiver voulons-nous encore organiser demain ?
La montagne ne nous attendra pas
La montagne se réchauffe. L’enneigement devient plus incertain. Les glaciers reculent. La ressource en eau est sous pression. Les Jeux d’hiver dépendent précisément de la neige, du froid, de l’eau et de territoires parmi les plus vulnérables au changement climatique.
Alors peut-être faut-il avoir le courage de poser une question qui dépasse largement Alpes 2030.
Les Jeux olympiques d’hiver doivent-ils encore être organisés tous les quatre ans, coûte que coûte ?
Et si le calendrier lui-même devait évoluer ?
Faut-il espacer certaines éditions ? Prendre davantage de temps pour préparer les projets ? Privilégier quelques bassins déjà équipés et climatiquement capables d’accueillir durablement les compétitions ?
Et faut-il parfois avoir le courage de reporter, voire de renoncer, lorsqu’une édition ne peut plus être organisée dans des conditions financières et environnementales acceptables ?
Ce ne serait pas tourner le dos aux Jeux.
Ce serait peut-être la condition pour leur donner un avenir.
Des Jeux sobres, utiles et compatibles avec la montagne
Nous défendons des Jeux sobres, appuyés sur l’existant, utiles durablement aux habitants, financièrement maîtrisés et compatibles avec la protection de la montagne.
Car si organiser Alpes 2030 signifie multiplier la neige artificielle, prélever davantage d’eau, construire pour quelques semaines ou contraindre toujours davantage les écosystèmes, alors il faudra se demander ce que nous cherchons réellement à célébrer.
Le calendrier olympique ne peut pas devenir plus sacré que la montagne elle-même.
Retrouver le sens du projet
Alors oui, il faut enfin stabiliser la gouvernance d’Alpes 2030.
Mais il faut surtout retrouver le sens du projet.
Le projet avant les personnes.
L’utilité avant le prestige.
La montagne avant le spectacle.
Et si, au fond, réussir les Jeux de demain commençait par accepter de ne plus les organiser comme hier ?
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