Demain, pour Lyhanna
Demain, partout en France, des femmes et des hommes se rassembleront pour Lyhanna.
Ils auront raison.
Parce qu’une enfant est morte. Parce qu’une vie qui aurait dû être faite d’écoles, de rires, de projets et de lendemains a été brutalement arrachée.
Parce qu’aucun être humain digne de ce nom ne peut rester indifférent devant un tel drame.
Mais à la veille de ces rassemblements, je ressens autre chose que de la tristesse.
Je ressens une immense colère.
Une colère ancienne.
Une colère nourrie par des années à voir les mêmes mécanismes se reproduire.
Personne ne pourra prétendre qu’il ne savait pas
Car Lyhanna n’est pas morte dans un désert d’ignorance.
Personne ne pourra prétendre qu’il ne savait pas.
Personne ne pourra prétendre que les alertes manquaient.
Depuis des années, des victimes parlent. Depuis des années, des associations dénoncent.
Depuis des années, des citoyens engagés consacrent leur temps, leur énergie et parfois leur équilibre personnel à faire émerger une vérité que beaucoup préfèrent tenir à distance.
Et depuis des années, ils se heurtent aux mêmes murs.
Le mur de l’indifférence.
Le mur de la lâcheté.
Le mur des bonnes intentions qui ne débouchent sur rien.
Des engagements, pas des slogans
En février dernier, avec d’autres citoyens, j’ai engagé une démarche nationale pour que les futurs élus municipaux prennent des engagements concrets en faveur de la protection de l’enfance.
Pas des déclarations. Pas des slogans. Pas des promesses de campagne.
Des engagements précis, écrits, vérifiables.
Je croyais alors que la protection des enfants pouvait encore faire consensus.
Je me trompais.
Ce que cette démarche m’a appris, ce n’est pas l’absence de sensibilité au sujet.
C’est pire.
C’est l’écart abyssal qui existe entre les discours et le courage d’agir.
Combien de responsables publics se sont montrés enthousiastes lorsqu’il fallait parler ?
Combien ont disparu lorsqu’il fallait s’engager ?
Combien seront demain au premier rang des hommages après avoir été absents lorsqu’il était question de prendre leurs responsabilités ?
Voilà la question.
La vraie question.
La comédie des hommages sans lendemain
Car ce qui me bouleverse dans cette affaire, ce n’est pas seulement le drame lui-même.
C’est cette étrange comédie qui suit chaque tragédie.
Cette succession parfaitement réglée de déclarations indignées, de visages graves, de promesses solennelles et de grands serments républicains qui s’évanouissent dès que l’émotion retombe.
Comme si notre pays avait fini par considérer la protection de l’enfance comme un sujet que l’on commémore davantage qu’on ne le combat.
Comme si l’on préférait les hommages aux remises en cause.
Comme si les enfants victimes avaient besoin de nos larmes alors qu’ils avaient d’abord besoin de notre courage.
Présent, mais sans illusion
Demain, je serai présent.
Pour Lyhanna.
Pour sa famille.
Pour toutes celles et tous ceux que ces drames ont meurtris à jamais.
Mais je serai aussi présent avec une conviction devenue inébranlable : notre problème n’est plus de savoir.
Notre problème est que nous savons et que nous n’agissons pas.
Et il viendra un moment où celles et ceux qui ont ignoré les alertes, laissé des courriers sans réponse, refusé de s’engager ou préféré détourner le regard devront expliquer pourquoi.
Parce qu’à force d’enterrer les alertes, c’est parfois la vérité elle-même qui finit par ressurgir sur une tombe d’enfant.
Et alors il ne restera plus ni excuses, ni communication, ni indignation de circonstance pour masquer ce que chacun aura fait… ou refusé de faire.
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