Une proposition simple : transmettre
Le 18 mai dernier, au nom du groupe Socialiste, Écologiste et Démocrate de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, j’ai saisi le président de Région afin que notre collectivité accompagne les établissements volontaires dans l’organisation de projections du film L’Abandon de Vincent Garenq, consacré aux derniers jours de Samuel Paty.
Cette proposition s’inscrit pleinement dans les compétences régionales en matière de lycées et d’accompagnement éducatif. Elle vise à donner aux jeunes et aux équipes pédagogiques des outils pour comprendre les mécanismes de la radicalisation, de la désinformation, des pressions communautaires et de l’affaiblissement parfois progressif des principes républicains.
J’ai vu ce film. J’en suis ressorti convaincu qu’il devrait être montré, débattu et accompagné dans nos établissements scolaires.
Comprendre l’engrenage
Parce qu’il ne cherche ni à accuser une religion ni à opposer les Français entre eux.
Il raconte un engrenage. Celui qui conduit un professeur de la République à devenir la cible d’une campagne de mensonges, de manipulations et de fanatisme jusqu’à son assassinat.
Il montre comment l’abandon ne résulte pas toujours d’un acte unique mais souvent d’une succession de renoncements, de silences et d’incompréhensions.
C’est précisément pour cette raison que ce film est utile.
Défendre la République sans stigmatiser
Le film rappelle une évidence que certains voudraient aujourd’hui brouiller : l’islamisme n’est pas l’islam.
L’immense majorité des musulmans de notre pays n’a rien à voir avec ceux qui instrumentalisent une religion pour justifier l’intolérance ou la violence.
Défendre la République consiste à combattre les fanatismes sans jamais stigmatiser les croyants.
Le film rappelle également le véritable sens de la laïcité.
Non pas une idéologie parmi d’autres. Non pas une arme dirigée contre les religions. Mais un cadre commun qui permet à chacun de croire ou de ne pas croire, dans le respect de la liberté de tous.
Une laïcité de liberté, d’émancipation et de pluralisme.
Samuel Paty, au cœur de notre réflexion collective
À l’heure où certains voudraient réduire Samuel Paty à une polémique, ce film le replace là où il doit être : au cœur de notre réflexion collective sur la transmission des savoirs, l’esprit critique et la liberté d’expression.
Il rend aussi hommage à tous les enseignants qui, chaque jour, font vivre l’école de la République et qui méritent notre soutien sans ambiguïté.
C’est également dans cet esprit que j’ai signé l’appel demandant l’entrée de Samuel Paty au Panthéon.
Certains considèrent qu’il serait trop tôt. Je respecte cette opinion, mais je m’interroge sur cette notion de temporalité.
La République n’honore pas seulement le passé lointain ; elle honore celles et ceux dont le destin éclaire son présent et son avenir.
Jean Moulin est devenu un symbole parce qu’il incarnait quelque chose de plus grand que lui-même.
Samuel Paty est devenu, malgré lui, l’un des visages contemporains de la liberté de conscience, de la transmission du savoir et du courage civique.
Une mission pour nos lycées
Au moment où la Région finance parfois des projets culturels dont l’orientation identitaire suscite le débat, elle dispose ici d’une occasion de soutenir une initiative profondément républicaine, pédagogique et rassembleuse.
Notre proposition est simple : accompagner les lycées volontaires, soutenir les équipes éducatives qui souhaitent organiser ces projections, mobiliser les acteurs de l’éducation populaire et construire des temps d’échanges autour de la liberté d’expression, de la laïcité, du respect du pluralisme, de l’esprit critique face aux mécanismes de désinformation, de la prévention des radicalisations et de la reconnaissance du rôle essentiel des enseignants.
Il ne s’agit pas d’imposer une vision du monde.
Il s’agit d’aider les jeunes à comprendre le monde dans lequel ils vivent.
Il ne s’agit pas de désigner des ennemis.
Il s’agit de donner des repères.
Il ne s’agit pas de transformer la mémoire en monument figé.
Il s’agit de la faire vivre au service de l’intelligence collective.
Une attente qui demeure
Depuis le 18 mai, cette proposition demeure sans réponse.
J’espère pourtant que la Région saura s’en saisir.
Car il existe des projets qui dépassent les clivages politiques.
Soutenir les enseignants, aider les jeunes à développer leur esprit critique, défendre la liberté d’expression, faire vivre une laïcité apaisée et exigeante : voilà sans doute l’une des plus belles missions que notre collectivité puisse assumer dans les lycées dont elle a la responsabilité.
La meilleure manière d’honorer la mémoire de Samuel Paty n’est pas seulement de se souvenir. C’est de transmettre.
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