Je mets simplement fin à un processus ; pas à un engagement.
Cette candidature m’a permis d’éclaircir les choses, de clarifier ma position. Je ne me retire pas. Je suis là, autrement peut-être, mais sans détour ni retrait.
Il y a la version courte, que l’on peut entendre dans les couloirs. Et puis il y a la version un peu plus longue, plus nuancée, que j’évoque ici. Je n’ai jamais dit que je renonçais. Dans ce moment particulier de ma vie, je choisis de me positionner là où je peux être le plus utile. Avec plus de hauteur, plus de recul, mais pas moins de présence. Mon engagement reste entier. Et ma place, je ne la réclame pas : je l’ai.
Le 3 avril prochain, certains se rendront aux urnes pour ce vote interne. Moi, je compterai. Deux mois depuis ce 3 février, où mon père s’en est allé. Ce chiffre 3, revenu comme un écho, résonne depuis en moi. Et avec lui, un rapport au temps, au chagrin, au sens. Le deuil m’a rappelé que certaines priorités doivent être respectées. Accompagner un père dans la maladie puis dans le départ, cela vous change. Cela vous recentre.
À cela se sont ajoutés une pneumonie persistante, un accident du travail, et cette fatigue, pas seulement physique, qui oblige à s’interroger. Je suis encore en convalescence, mais pas en retrait. Je ne suis pas affaibli politiquement. J’ajuste, c’est tout. Je reste là, debout, avec mes idées et mon expérience. Mais je ne me laisse pas entraîner dans la fébrilité ambiante.
Car j’ai bien vu que les choses se tendent. Qu’il y a beaucoup de monde pressé. Beaucoup de monde qui veut être calife à la place du calife. Des ambitions qui prennent toute la place, au risque de faire dérailler ce qui pourrait, ce qui devrait, être une construction collective. Cette municipale, face à elle-même, risque de mal tourner si certains et certaines continuent à confondre engagement et ego.
J’ai un ego, comme tout le monde. Mais je sais où le positionner.
Et puis, à Grenoble, il faut le dire : si l’on n’est pas enseignant, scientifique, ingénieur, on semble avoir moins droit au chapitre que d’autres. On vous regarde un peu de côté. Comme si la légitimité se mesurait aux diplômes et non à l’expérience du terrain. J’en ai pris acte. Cela ne me fait pas taire. Au contraire.
Moi, je veux simplement servir. J’ai des atouts. Une expérience. Une vision.
Et cette conviction chevillée au corps et au cœur : si nous ne mettons pas enfin le maximum sur les questions de sécurité, si nous ne rattrapons pas ces douze années de retard, alors nous continuerons de trahir une partie de la population. Celle qui vit au contact du réel, qui subit les incivilités, les trafics, les violences ; celle qu’on n’écoute pas assez.
Et pendant ce temps, on laisse la ville devenir le repoussoir médiatique idéal, bien entretenu par ceux qui excellent dans le trumpisme local, crasseux, outrancier, mais terriblement efficace. Ils caricaturent, ils simplifient, ils mentent parfois : mais ils occupent l’espace. Et nous, que faisons-nous ? Nous débattons, nous tergiversons, nous relativisons.
Alors je le dis ici clairement : je concentrerai mon engagement sur cette question. La sécurité, le lien de confiance, le respect des règles communes, pas comme slogan, mais comme colonne vertébrale. Parce que si nous ne répondons pas à cette attente-là, nous laisserons le champ libre aux extrêmes.
Hier soir, dans une réunion politique comme il y en a tant, j’ai vu des postures, des stratégies, des regards pesés. Mais j’ai aussi vu un visage lumineux : celui de Michel Destot, dont la vivacité, la curiosité intacte, la présence généreuse m’ont fait du bien. Il y avait dans sa manière d’être une élégance qui m’a rappelé que la politique peut encore être un art de vivre, un art de faire, un art de rester digne.
Je suis là. Pas au centre des jeux. Mais au cœur des convictions. Et je resterai là pour conseiller, pour construire, pour alerter, pour porter ce que je crois essentiel.
Peut-être qu’un jour, l’occasion se représentera d’agir plus frontalement. Peut-être pas. Mais d’ici là, je reste fidèle. À moi-même. À mes combats. À celles et ceux qui n’ont pas toujours la parole, mais qui méritent qu’on les défende, avec force, clarté, et humanité.
La discussion continue ailleurs
URL de rétrolien : https://stephanegemmani.fr/trackback/868