Mise au point nécessaire…

Billet

Puisqu’on commence à entendre tout et n’importe quoi, il me semble indispensable, avant toute chose, de faire une mise au point — sans doute parce que je n’ai pas été assez clair jusqu’ici sur ce sujet.

À ce jour, je suis le seul – ou l’un des très rares – à m’exprimer ouvertement sur ce sujet. Et si je choisis aujourd’hui d’être candidat, ce n’est ni par orgueil, ni par volonté de créer du tumulte. C’est d’abord parce que cette candidature me permet de reprendre la parole, dans un espace politique dont on m’a peu à peu écarté, sans débat, depuis les dernières élections législatives.

Depuis ce moment, je suis considéré comme dissident. Je n’en fais pas un drame : j’accepte ce statut, je le regarde avec lucidité. Mais ce que je constate surtout, c’est qu’aucun geste n’a été fait pour me raccrocher à une dynamique collective. Rien. Le silence. Et pourtant, les échéances approchent, les dossiers s’accumulent, et nul n’ignore l’engagement qui a été le mien sur de nombreuses thématiques structurantes pour notre ville, notamment en matière de sécurité.

Je ne me fais aucune illusion, et je ne vais pas faire semblant de vous révéler un secret : je sais déjà que je ne serai pas l’élu. Mais ce que je ne peux plus accepter, c’est cette manière de tout organiser discrètement, de se répartir les rôles entre quelques-uns, en veillant bien, au passage, à écarter toute personne qui ne fait pas partie du cercle, y compris celles et ceux qui, sans ambition personnelle, souhaitent simplement contribuer au projet collectif. Ma candidature, au-delà de son issue, est un refus clair de ce fonctionnement opaque, une manière de dire que la démocratie mérite mieux que le huis clos.

Je tiens à le rappeler ici : je suis l’un des élus, et le porte-parole du groupe Socialiste, Écologie, Démocrates à la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce n’est donc pas depuis la marge que je parle. J’occupe une place, j’assume une fonction, j’ai des responsabilités, et je porte une parole ancrée dans les réalités régionales et locales. Et pourtant, malgré cela, malgré cette légitimité institutionnelle, c’est le silence, l’exclusion douce, le refus de l’échange qu’on m’oppose.

Je refuse cette manière de faire qui consiste à tout organiser en coulisses, entre initiés, entre “sachants”, en excluant systématiquement celles et ceux que l’on ne considère pas suffisamment dignes ou conformes. Des cercles restreints se forment, se referment, cooptent entre eux, et décident seuls de ce qui est légitime, de ce qui mérite d’être entendu. Ma candidature est aussi une manière de dire : je ne laisserai pas ce terrain à celles et ceux qui préféreraient que certaines voix se taisent.

Je le répète. Ma candidature ne repose ni sur une ambition personnelle, ni sur une stratégie individuelle. Elle est portée par une volonté simple : faire entendre une voix que l’on entend trop peu. Une voix enracinée dans l’action quotidienne, dans la réalité du terrain, loin des postures, loin des jeux d’appareil.

Ici, je respecte les règles d’un jeu. Je sais qu’elles tendent à privilégier l’entre-soi, les fidélités internes, les équilibres invisibles qui se jouent dans un petit cercle. Il suffit, parfois, de plaire aux bons interlocuteurs pour être adoubé. Peu importe alors le travail accompli, les engagements pris, les batailles menées.

Et pourtant, je continue à croire, peut-être naïvement, qu’un souffle démocratique reste possible. Mais force est de constater que l’on valorise aujourd’hui davantage les profils techniciens, les parcours bien lisses, bien rassurants, que les expériences nées du contact direct avec les réalités sociales. Ce sont les savoir-faire institutionnels que l’on met en avant, au détriment de l’intelligence du terrain, du vécu, de la parole engagée.

Derrière ces choix, ou ces silences parfois trop bien organisés, se cache souvent un mépris de classe. Subtil, jamais dit tel quel, mais réel. Ce réflexe qui accorde plus de crédit à une école ou à une fonction qu’à un parcours de vie, qu’à une implication de terrain, qu’à une voix venue des marges. Et pourtant, c’est là, dans ces marges, dans ces associations, dans ces quartiers qu’on dit “difficiles”, que se mènent tant de combats essentiels pour notre société.

Je ne remets pas en cause la sincérité des personnes, ni la valeur de leurs parcours. Ce que j’interroge, c’est une culture politique qui, peu à peu, se referme sur elle-même. Une culture qui oublie ce qui faisait sa richesse : la pluralité des engagements, la diversité des profils, la reconnaissance de légitimités multiples.

Le Parti socialiste mérite mieux que d’être un simple outil dans une stratégie qui lui échappe. J’espérais un sursaut. J’espérais un espace de dialogue. J’y ai cru. Mais aujourd’hui, c’est un silence organisé – et parfois même poli – qui me répond. Je le constate sans colère, mais avec lucidité.

C’est aussi pour cela que cette candidature a du sens. Même si je ne me berce pas d’illusions sur son issue. Elle me permet de poser une parole nécessaire. Elle me permet de dire que ce qui se joue aujourd’hui est plus profond qu’un simple enjeu électoral. J’aurais aimé me tromper. Mais ce que je vois me confirme que cette voix devait, décidément, être portée.

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.