Libération : Grenoble, ville ouverte

Billet

Le programme Inovaccess fait travailler ensemble tous les acteurs du territoire urbain.

Une ville totalement accessible aux handicapés, tous handicaps et déficiences confondus, de la rue au cœur des entreprises ? Cette vision, celle d’une accessibilité globale et continue, c’est celle de l’Agefiph, la puissante association nationale chargée de développer l’emploi des handicapés. Cette accessibilité globale est au-delà de son champ d’action habituel, l’entreprise privée, elle a donc décidé de s’associer à une ville pour une opération test de trois ans, afin de mettre en synergie tous les acteurs d’un territoire urbain. Grenoble, classée deuxième ville la plus accessible de France par l’Association des paralysés de France (APF), a ainsi signé début 2010 le programme, baptisé «Inovaccess Grenoble 2013». L’Agefiph et Grenoble ont choisi pour leur expérimentation un gros secteur de la ville, 286 hectares, dense et diversifié, 130 employeurs publics et privés pour 14 000 salariés. Ce secteur regroupe le quartier Berriat, anciennement populaire et ouvrier, Europole, quartier tertiaire récent, centre d’affaires, gare, palais de justice, et la Presqu’île scientifique abritant labos de recherches et entreprises high-tech, CEA, Schneider, Synchrotron, Minatec… Le pari est de faire entrer les entreprises dans l’ère de l’accessibilité et de les relier aux espaces publics. Si celles de plus de vingt salariés sont obligées par la loi d’employer 6% de handicapés, sous peine de taxes, elles n’ont en effet aucune obligation en terme d’accessibilité. Seuls les établissements recevant du public doivent assurer l’accès de tous à leurs locaux.

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La société d’économie mixte Gaz électricité de Grenoble (GEG) est l’un des bons élèves du programme. Engagée dans la réfection d’un bâtiment administratif, elle a bénéficié de l’expertise d’Inovaccess qui a ensuite étendu le diagnostic à l’ensemble du site, afin d’améliorer l’accès pour les handicapés physiques et de prendre en compte les mal ou non-voyants par exemple.

Anticipation. Josyane Franco, responsable de l’immobilier de GEG, fait fièrement visiter les travaux : rampe d’accès avec aire de retournement, places de parking handicapés élargies, bandes podotactiles, signalétiques de portes vitrées, cheminements sécurisés… «Nous sommes au-delà de nos obligations, mais cela nous coûte moins cher d’anticiper, de rendre nos locaux globalement accessibles, que d’aménager ponctuellement un bureau pour un salarié handicapé !» souligne Josyane Franco. GEG n’arrivait pas jusqu’alors à atteindre les 6% d’employés handicapés : ces aménagements devraient lui permettre de progresser.

L’Agefiph a mis de gros moyens sur la table pour Inovaccess : 3 millions d’euros, dont 1,2 million de subventions mobilisables pour aider les entreprises privées à réaliser des travaux sur leur bâti : «Nous avons la possibilité de financer de 50% à 70% des travaux, dans la limite de 150 000 euros par entreprise», souligne Pierre Revol, chargé de l’opération Inovaccess. La ville de Grenoble a fourni les locaux, a mobilisé son réseau et son service «accessibilité». Le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) a rejoint le programme avec sa capacité à financer les travaux des établissements publics.

Bilan. Quinze mois après la mise en route d’Inovaccess, la phase de diagnostic est terminée. Côté public, l’ensemble du secteur a été cartographié : «Tous les points noirs et obstacles sont répertoriés, trottoir par trottoir, poteau par poteau», souligne Pierre Revol. La ville va s’efforcer de les gommer. Reste en suspens la question des connexions entre espaces publics et privés : sur le cours Berriat, artère historique du secteur, les équipes ont répertorié et photographié la totalité des seuils d’accès aux immeubles et aux commerces. Une tâche de fourmi pour une masse de travaux à réaliser ahurissante : commerçants et propriétaires, même subventionnés, accepteront-ils de gommer ces obstacles ?

Côté entreprises de plus de 10 salariés, Pierre Revol en a identifié 74 sur le secteur et les a toutes démarchées. «Vigoureusement. Peu sont venues d’elle-même», reconnaît-il. Résultat : cinquante-trois de ces employeurs ont aujourd’hui leur «diagnostic d’accessibilité» labellisé Inovaccess, soit qu’ils l’aient engagé d’eux-mêmes, soit qu’il leur a été réalisé gratuitement par les architectes missionnés d’Inovaccess. La décision de faire des travaux appartient ensuite aux entreprises. Au 1er septembre, seuls trois dossiers, dont GEG, étaient entrés dans la seconde phase, l’avant-projet sommaire, pris en charge à 100%. Beaucoup d’entreprises diagnostiquées ont d’autres priorités, surtout les plus petites, souvent locataires de leurs locaux. Pour Inovacces, à mi-parcours de son expérimentation, le risque de ne voir que très peu de travaux réalisés est réel.

Idée. Pierre Revol, pour convaincre les employeurs, martèle : «L’adaptation des locaux aux personnes handicapées améliore le confort de tous les salariés, en terme d’acoustique, de lumière, de lisibilité des espaces. Elle sert au livreur, à la femme enceinte, à la personne âgée, à l’étranger ! L’évolution est inévitable, mais le message commence à peine à être entendu.» La ville entièrement accessible, ce n’est pas pour demain. L’idée est pourtant bien là, en germe.

Plus d’info : http://www.inovaccess-grenoble.com

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