Le demandeur d’asile constitue une figure particulière.
L’alternative dans laquelle est enfermé le sort des publics de l’assistance, de l’aide versus le contrôle social, subit dans le cas de la demande d’asile un effet de cristallisation propre à exacerber l’intensité de la compassion, et à l’opposé, la violence des griefs associés respectivement aux demandeurs légitimes et illégitimes.
La raison en est simple : ce qu’a vécu et ce que risque celui qui est considéré comme un vrai réfugié est sans commune mesure avec ce que subissent les exclus des sociétés démocratiques.
Tout se passe comme si cet effet de dramatisation justifiait que soit décuplée la réprobation adressée à ceux qui, considérés comme « faux » réfugiés, osent jouer avec de tels drames et les sentiments de compassion qu’ils suscitent.
Il ne s’agit de réduire l’éventail des sentiments éprouvés et des choix effectués par les acteurs de terrain face aux migrants.
Ce serait offenser ceux dont le métier est de venir en aide à ceux qui connaissent des difficultés, et à la clairvoyance de ceux qui s’y dévouent à titre personnel.
Les acteurs locaux peuvent être réduits à de simples courroies de transmission, mais pas à de simples placebos sociaux.
Ce qui est en cause, c’est l’émergence d’un repère de politique publique, d’une vision du monde et de l’expérience de la demande d’asile qui fait coexister deux figures opposées, celle du vrai et celle du faux réfugiés qui, dans l’attente de l’issue de la procédure censée trancher l’incertitude, s’en remet à des acteurs de terrain pour faire tenir ensemble deux registres cognitifs contradictoires : la suspicion et la compassion.
En faisant ce qu’ils ont à faire au quotidien, comme ils savent le faire, ils sont simplement pris dans une logique politique qui pousse ceux qui souffrent et ceux qui les aident à organiser leur relation autour d’un exercice d’argumentation soumis à évaluation.
Ces solutions peuvent être trouvées «intercommunalement»*.
Les actes et les discours doivent s’accorder.
La culture du désengagement est en place. Mais il ne faut pas s’en accommoder pour mieux excuser une forme d’inaction dans ce grand théâtre de l’indignation…