Euthanasie : Reflexion 1

Billet

Le décès de Chantal Sébire relance le sujet délicat de l’euthanasie.

Ce sont des situations difficiles qui me bouleverse pour plusieurs raisons, et qui reviennent régulièrement sur le devant de la scène.

Elles ne peuvent laisser indifférent ; qui n'a jamais entendu parler, parmi ses proches ou dans sa famille, de malades en phase terminale qu'on a plus ou moins "aidés" à mourir…

L’euthanasie est donc un problème de toujours auquel nous n’avons jamais trouvé de solution.

Pourquoi aujourd’hui en trouverions-nous une ?

Je ne peux m’empêcher de penser que cet avis vient dans un contexte historique, donc médiatique peu propice.

Le siècle qui s’est terminé nous aura privés de certaines de nos valeurs, de nos références, de nos repères, qui nous aura amenés à remettre en cause l’essentiel de nous-mêmes, dans une société qui a bien souvent perdu sa cohésion sociale et tout simplement perdu le sens des choses.

Ce n’est pas un hasard si pratiquement simultanément, nous avons eu à débattre sur l’embryon, au débat sur la mort et l’euthanasie, en passant par le débat sur la brevetabilité du vivant avec le clonage.

Autant de questions difficiles auxquelles il nous faut répondre, quand justement nous n’avons plus de repères, de valeurs ni même de références.

Mais un pays qui se prépare à légiférer sur l’euthanasie voir pour certains, à breveter le vivant humain et à créer des embryons pour la recherche, n’est-il pas un pays dont on se demande comment évolue sa conscience morale.

Derrières ces cendres, n’y aurait-il pas des braises qui ne demandent qu’à se réveiller.

En discutant avec les uns et les autres, on se rend compte qu’au fond, les solutions évoqués qui apparaissent comme des solutions de facilité, ne satisfont personne.

Ceci est tellement vrai que le Conseil de l’Europe a adopté un texte sur la protection des droits de l’homme et la dignité des malades incurables et des mourants.

Doit-on accepter cet aveu d’impuissance face à des combats perdus parce qu’ils ne sont pas livrés ?

Doit-on accepter de modifier le fond parce que nous sommes incapables d’adapter la forme, d’avoir la volonté politique de mettre en œuvre, les soins palliatifs, la formation des médecins, les traitements antidouleurs, etc.

La dignité de la personne doit fonder les choses, car la dignité humaine est imprescriptible.

La dignité humaine peut, malheureusement, être enfreinte ou respectée mais elle ne peut ni être attribuée, ni être enlevée.

Celui qui est en train de mourir et qui souffre, est tous d’abord détenteur de sa dignité, et ce principe ne peut pas être occulté.

Et puis, il y a la méconnaissance totale de la mort.

Combien de gens avons-nous vu mourir ? Cela relève de l’exception.

La mort a déserté la vie, et nous avons « désappris » à vivre avec la mort.

Et ce que l’on ne connaît pas, on l’écarte par peur.

Il y a donc là, une sorte de contradiction entre d’un côté la prise de conscience de la dignité de la personne et de l’autre, cette mort qui effraie par la dimension qu’elle représente, par l’inconnue qu’elle symbolise.

Mais tout malade a le droit absolu d’accéder autant que nécessaire aux structures de soins palliatifs à l’accompagnement aux mourants, aux traitements anti-douleurs, au respect du droit à l’autodétermination des malades incurables et des mourants, en portant l’idée que le maintien n’est pas la finalité de l’action médicale, et quand un malade demande que l’on arrête l’acharnement, il faut savoir respecter cette demande.

Sinon, il faudrait s’interroger sur cette contradiction qu’est la conduite à tenir devant des tentatives de suicide.

Nous percevons bien ici, qu’il y a des limites avec lesquelles on ne peut transiger.

Aussi, parce qu’en matière d’éthique biomédicale, la technique n’occupe pas le devant de la scène, même si les techniques de réanimation sont souvent engagées.

De coutume, le corps médical parle de biologie de pointe, telle que fécondation in vitro, thérapie génique. Séquençage… et devienne alors l’otage de la technique, en cherchant à trouver des solutions à des situations que la technique a créées.

Il y a un interdit fondateur de notre société qui dit : «Tu ne tueras pas».

Outre cette notion, que l’on pourrait qualifier de biblique dans certains cas, mais qui n’est autre qu’un principe de respect de l’un vers l’autre, cette d’interdit s’accompagne obligatoirement de la notion de transgression car c’est ce qui caractérise nos consciences.

Si nous n’avions pas de conscience, il y aurait pas d’interdit qu’on ne discuterait.

Mais parce que nous sommes doués de conscience (enfin pour certain), nous pouvons juger « en conscience », que dans telle situation, il est peut être normal de transgresser.

Or, quand on parle de transgression, on ne peut que forcement, transgresser que de l’intransgressible. À partir de ce moment, où l’on introduit cette notion de transgression, on lui enlève sa force par avance.

Tant d’exemples l’ont montré au travers de la loi et toute exception conduit à tolérer son élargissement progressif et des limites un peu plus souples.

À titre individuel, dans une sorte de dialogue intérieur on répond à cette transgression par un examen de conscience.

La tolérance, après l’exception, devient usage.

Et l’usage, avec le temps devient habitude.

Et l’habitude tue les interdits.

Il est donc clair que prévoir la transgression c’est supprimer par avance l’interdit et donc nier la notion d’exception.

Le danger est que la loi qui doit suivre les mœurs, ne peut pas engendrer un décalage trop marqué entre les textes qui organisent une société et son évolution.

Changer les règles dans des périodes de mutation, dans des périodes de désert de valeurs, ne dessine aucun chemin clair.

Quand revient la conscience morale et qu’émerge à nouveau la conscience éthique, il n’y a plus de repères.

Cette attitude est extraordinairement pénible. Mais je ne dis pas qu’à titre individuel je ne transgresserai pas non plus…

Mais de là, à engager la représentation nationale, à passer à la transgression collective qui serait en quelque sorte prévue par la loi… c’est autre chose.

Engager notre société dans l’idée que peut-être on pourrait introduire la notion d’exception pour certains cas particuliers, me paraît beaucoup plus dangereux que ce que l’on peut imaginer.

Les mots sont ceux que l’on écrit en y mettant des convictions liées à l’exception. Mais à partir du moment où celles-ci sont écrites, elles échappent et sont interprétées, puis commentées, pour finalement oublier l’état d’esprit, dans l’espace et dans le temps, dans lequel ces mots, ces pensées et ces écrits, ont été imaginés.

Commentaires

1. Le vendredi 30 mai 2008, à 21 h 03 par Solidaire

Belle transcription de votre réflexion sur le thème délicat de l'euthanasie!

De part mon activité professionnelle la mort et la souffrance sont mon quotidien.
Je ne compte donc pas le nombre d'hommes et de femmes accompagnés sur le cheminement de la mort. Et il vrai qu'elle fait peur, qu'elle angoisse. Elle est un vide, une inconnue. Elle porte l'image de la souffrance tant physique que psychique. Elle est aussi et surtout une rupture... Définitive.
Mais elle est égalementi un refuge et un soulagement.

Les demandes d'euthanasie, d'une piqure pour accélérer "les choses" sont nombreuses, mais d'une part elles ne proviennent pas toujours des patients mais d'un entourage impuissant et d'autre part elles répondent plus souvent à la peur de l'agonie accompagnant la mort qu'au désir réel de mourir. Par euthanasie "on" entend mourir sans souffrance, mais je pense que l'euthanasie va au-delà.

La prise en charge des patients en fin de vie en milieu hospitalier a beaucoup évoluée ces dix dernières années et la mise en place d'unité de soins palliatifs y contribuent grandement. Les traitements médicaux mis en place pour préserver la dignité humaine dans la mort sont efficaces en ce sens. Les souffrances sont évaluées, prises en compte et les traitements adaptés. On pourrait presque parler d'euthanasie passive, soulager et calmer tout en sachant que l'usage de morphiniques et/ou d'hypnotiques "accélèrent" le processus de mort (j'ai le sentiment qu'au delà de l'aspect purement chimique, l'humain s'abandonne plus facilement à la mort s'il est soulagé de ses souffrances).

Cependant les manques de moyens, notamment humains, restent flagrants malgré les lois sur les droits du patient, plan cancer et autres priorités du SROS et limitent grandement l'action des soignants en terme de qualité et de personnalisation des prises en charge.

Il ne faut pas non plus oublier l'instinct de survie et la capacité humaine à lutter contre la mort même si une demande express d'en finir était verbalisée peu de temps avant.

Quant à l'acharnement thérapeutique, pour certains médecins ou chirurgiens, la mort est synonyme d'échec.. Et comme disait Hypocrate " Jamais je ne remettrai du poison, même si on me le demande, et je ne conseillerai pas d'y recourir."

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