Les C.C.A.S et l'urgence sociale

Billet

En attendant le compte rendu sur les États Généraux de la Fédération nationale des Samusociaux, voici "une" des réflexions de cette journée du 9 janvier dernier, que nous avons échangé avec certains responsables communaux de l'action sociale présents.

Xavier Emmanuelli et Stéphane Gemmani

La problématique des petites communes

Un des points les plus frappants concerne l’intensité avec laquelle les « petites » communes, c’est-à-dire celles de moins de 5 000 habitants, s’avèrent concernées par les phénomènes et situations d’urgence sociale. Non pas que le nombre de ces situations soit plus important que pour les autres catégories de villes (il est même inférieur), non pas que les thématiques ou problèmes soient radicalement différents (il peuvent parfois diverger mais se recoupent généralement), mais les termes dans lesquels ces problèmes se posent accentuent l’acuité du phénomène. Grossièrement résumé, on peut dire que les problèmes sont grosso modo les mêmes mais les problématiques différentes. De par la faiblesse (ou absence) de structures et moyens sur place, les problèmes se posent avec une intensité toute particulière qui laisse très peu de « marge de manœuvre » aux intervenants sociaux locaux. D’autre part, l’élu en charge des affaires sociales se retrouve souvent directement concerné et impliqué puisque sollicité par les habitants qui, du fait de la proximité, le connaissent et le côtoient régulièrement. Ne bénéficiant pas d’une interface structurelle ou institutionnelle comme dans les communes plus conséquentes (CCAS organisé autour d’un personnel, d’une structure d’accueil…), il doit répondre personnellement aux sollicitations qui sont ou directement formulées (par la personne elle-même) ou indirectement explicitées (par le voisinage, les habitants ou les associations). La distinction fondamentale personne/fonction (distinction qui permet de protéger l’intervenant relativement à la sphère privée) est difficilement perçue et assurée positionnant ainsi l’élu dans une posture qui peut s’avérer parfois difficile ou délicate à gérer.

La question de la répartition des structures.

Découlant de ce qui a été dit précédemment relativement aux « petites » communes, les structures permettant de répondre aux diverses situations d’urgence semblent mal réparties. Elles se concentrent généralement dans les villes plus conséquentes et paraissent ignorer les zones plus reculées ou rurales. Ce qui pourrait apparaître relever d’une certaine logique ou évidence (démographique, économique ou logistique notamment) se révèle en fait lourd de conséquence puisque derrière la question de la répartition se pose celle de géographique des demandeurs »), il convient d’engager des moyens et modes d’action qui respectent, et se fondent sur, ces territoires. Les établissements publics de coopération intercommunale (communautés de communes notamment) paraissent constituer des ressorts pertinents puisque correspondant à de réels bassins de vie.

La question de la mutualisation des compétences et moyens d’action.

Raisonner en terme de territoires d’action et d’intervention revient à se poser la question de la coopération, du travail en partenariat et de la mutualisation des compétences et moyens d’action. Cette modalité d’intervention semble relever toutefois d’une « culture de travail » très inégalement partagée et qui dépend beaucoup de la formation, culture, expérience, « philosophie » des acteurs locaux. Il paraît cependant intéressant de noter qu’un certain nombre de communes de moins de 5 000 habitants – peut-être du fait de la faiblesse des moyens dont elles disposent – ont pensé et engagé de véritables partenariats, et avec les structures associatives, et avec les structures institutionnelles (gendarmerie, AS de secteur…), et avec d’autres communes et CCAS. Il existe d’ailleurs sur ce point des similitudes (toute proportion gardée bien entendu) entre les façons dont les CCAS de « petites » communes conçoivent leur travail et celles des plus « grandes ».

Globalement, cette approche et conception de l’action sociale s’avère beaucoup plus qu’un partage de compétences : elle renvoie à toute une division du travail et permet un échange de savoir, savoir-faire et savoir-être qui rendent l’intervention plus pertinente comme plus efficiente.

La question du référent ou de la personne ressource.

Liée d’une certaine façon à la question du partenariat et de la mutualisation, celle du référent ou du coordinateur. Lorsque plusieurs structures interviennent sur une même personne, du fait de la faiblesse du travail en partenariat, on peut assister à plusieurs suivis en parallèle sans qu’il n’y ait de véritable « pilote » de la situation. Il n’est ainsi pas rare de voir pléthore de structures et d’intervenants travailler sur un même dossier sans qu’un réel travail de concertation soit mené : chacun travaille et intervient « dans son coin » et il n’y pas de mise en commun des actions menées ni élaboration régulière de bilans ou évaluations. L’existence d’une personne ressource ou d’un coordinateur permettrait certainement dans de nombreux cas, de clarifier (auprès du bénéficiaire) l’action sociale engagée, de lui donner du sens et plus de lisibilité. Cela permettrait également d’éviter des actions en doublon et de rendre le travail engagé plus rigoureux.

La question de la réactivité des services.

Autre constat qui revient souvent : le problème de la réactivité des services. De par la pluralité des intervenants, l’imbrication et empiétement des actions, la confusion et le manque de lisibilité des compétences de chacun, des situations ne sont pas toujours prises à temps et sont traitées quand les manifestations du problème sont les plus visibles, c’est à dire quand la personne est en situation délicate. Ce manque de réactivité et/ou de l’adaptation. Nombre des intervenants sociaux de petites communes ont ainsi insisté sur le fait que les structures présentes dans les grandes villes étaient inadaptées aux problématiques auxquelles ils sont confrontés. Il ne s’agit donc pas seulement d’un problème quantitatif mais aussi qualitatif, c’est-à-dire prendre en compte les problèmes là où ils se posent et dans les termes, contextes, façons dont ils se posent.

La question de la délimitation des territoires d’action et d’intervention

Cette question de la répartition/adaptation des structures renvoie à une autre : celle de la délimitation des territoires d’action et d’intervention. Un des éléments qui ressort en effet des divers entretiens et rencontres avec les CCAS, c’est qu’il faut raisonner relativement aux espaces de pratiques et de vie des personnes. Ces espaces étant généralement assez circonscrits, comme l’a d’ailleurs montré le questionnaire (cf., le paragr souplesse des dispositifs peut ainsi engendrer des situations d’urgence. Car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les services sociaux peuvent, eux-mêmes, créer ou en tout cas être à l’origine de traitement en urgence du fait de leur inertie ou pesanteur.

La question de l’ambiguïté de la réponse matérielle.

Dernier élément récurrent constaté : la prédominance de la réponse matérielle aux diverses sollicitations effectuées. Très souvent lorsque un problème est soumis, c’est d’abord et avant tout la recherche d’une réponse « concrète » qui est mise en oeuvre et proposée. Il est vrai que la plupart du temps la demande est formulée sur ce mode (logement, argent…), or le problème réel peut se situer ailleurs. Ainsi, si on répond dans l’urgence en terme matériel à une demande formulée sur ce mode, on peut passer à côté du véritable problème de la personne.

Cela renvoie donc à un autre aspect, celui du diagnostic. Derrière en effet la pluralité des situations, la disparité des publics, problèmes, réalités, un élément récurrent semble se poser, et ce que ce soit pour l’élu, le technicien du secteur social ou le « polyvalent », la petite commune ou la grande agglomération : la difficulté d’évaluer la demande afin de savoir si elle revêt ou non un caractère d’urgence.

Commentaires

1. Le jeudi 17 janvier 2008, à 09 h 57 par Enriqué

Je souhaite vivement que cette coalition politique entre Michel Destot et le Modem se fasse car pour moi, votre arrivé dans cette nouvelle équipe est un élement important. Je vous estime et je vous considère à l'égal d'un Martin Hirsch ou d'un Xavier Emmanuelli grenoblois. Efficace et ouvert...

En tant qu'UMP, je ne voterais pas pour San Nicolas, mais je voterais Destot si il fait de bon choix...

2. Le mardi 27 mai 2008, à 14 h 37 par Jean pulido

Bonjour,j'aimerais,avec vous, évaluer la possibilité de vous éditer un album de photos d'art sur votre commune et ses habitants.
Je vous remercie d'avance,l'intérêt que vous puissiez porter à de plus amples explications de ma part.
Cordialement.Jean Pulido

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