La vanité rend aussi dupes que sots

Billet

Ceux qui font profession de mépriser la vaine gloire se glorifient souvent de ce mépris avec encore plus de vanité.

C'est le paradoxe et le vice de la cinquième République.

Les gouvernants gouvernent l'Etat ; les technocrates, les gouvernants mais la vanité les gouverne tous.

Mais Nicolas Sarkozy, dont j’ai encore du mal à voir endosser le costume de chef de l’état, serait-il si aveuglé par cette bénédiction du moment, qu’il aurait occulté le devenir si précaire et cyclotimique d’un pouvoir absolu

Une minorité de quatre-vingts ou deux cents députés ne change guère à l'affaire.

Seule les limites basses des vingts députés - pour constituer un groupe - ou de soixante parlementaires - pour former un recours devant le Conseil constitutionnel - ont quelque importance.

Depuis quelques années, les électeurs ont pu mesurer la maigre influence de l'opposition parlementaire sur le débat public.

La tribune politique de l'assemblée sert l’attitude du combat.

Mais elle est sans influence réelle sur le sort des textes.

En témoigne l'étrange aventure institutionnelle du contrat première embauche et celle - plus discrète - de l'amendement controversé sur l'enseignement de la colonisation.

Le républicain démocrate que je suis, engagé d’autant plus dans ce combat législatif aux côtés de Philippe de LONGEVIALLE, ne peut se contenter de l‘analyse que je fais aujourd’hui sur le sujet.

Mais réfléchissons : à tout prendre, et surement en guise de provocation à moi-même et surtout à mes contradictions, peut-être faut-il préférer une large victoire en siège des députés de la majorité « UMP ».

Pourquoi ?

Parce que c'est dans le confort d'une large majorité que prospèrent les velléités de dissidence.

Si l'UMP connaissait une victoire mince, les députés seraient requis par le Président comme par l'opinion publique de suivre sans barguigner. Toute tentative d'émancipation serait reçue comme forme de trahison.

En revanche, lorsque le vote est acquis nonobstant les poussières, des individualités peuvent être tentées de faire valoir des objections sans craindre d'être taxé d'infidélité. Au contraire même, les appels à la solidarité majoritaire sont alors conçus comme le refus de la discussion. Une tentation hégémonique qu'on ne goûte guère dans un pays gauloisement chamailleur.

Bref, une opposition audible surgira bien plus efficacement des bancs de l'UMP que de ceux du PS - probablement englué dans une opposition constructive de tradition - ou des strapontins du Mouvement démocrate. Une large majorité autorise l'expression de ces oppositions par à coup.

Mais il y a mieux.

La longue cohorte des ambitions ne pourra se satisfaire d'une approbation muette de cinq années.

La large victoire de Nicolas Sarkozy a fait taire pour quelques temps les oppositions que connaît ce dernier au sein de la majorité. Ne disons pas cependant que le nouveau Président ne connaît pas d'ennemi à droite.

Il en avait d'anciens. Il en trouvera de nouveaux.

Car la distribution des postes et honneurs a sans doute fait plus de mécontents que de satisfaits. Bien peu de satisfaits, finalement, si l'on songe à ceux des gratifiés qui espéraient mieux.

Le temps n'est pas à l'éclosion des murmures, mais on peut déjà parier qu'au premier vacillement, on entendra des voix gentiment critiques. Écoutez bien ceux qui déclareront soutenir le Président avec vigueur. Car dire son soutien, c'est souligner la faiblesse de l'autre. Voyez comment, du côté de l'UMP, se lèveront quelques aspirations au débat démocratique.

Le Président Sarkozy traîne des soupçons d'autocratie. Hurlés par la gauche, on ne leur prête guère d'attention. Soufflés de la droite, ils pourraient fleurir dans les âmes inquiètes.

Lors de la Xe législature, de 1993 à 1997, on se souvient que l'opposition au gouvernement fut portée par la césure entre Balladuriens et Chiraquiens. De sorte qu'à y regarder, 1995 avait les parfums d'une alternance au sein de la droite. Ne disons pas trop rapidement que Nicolas Sarkozy a mis fin à l'affaire.

Aussi bien les circonvolutions préélectorales du Parti socialiste et du Modem, aussi répétitives d'inaudibles, pourraient avoir pour effet paradoxal de laisser au vide partisan le soin de faire naître une opposition parlementaire interne. Tout à la fois honnête et sournoise ; franche et emplie d'arrières pensées.

Ce n'est pas très satisfaisant pour l'âme du démocrate, mais le républicain s'y retrouvera peut-être.

Pour revenir sur l'actualité et le sondage du jour, je reprendrais l'analyse de Philippe, sur l'impasse évident que constitue l'affrontement entre les "2 amis de 30 ans"...

La marge de progression de Philippe est grande, alors que Richard CAZENAVE et Alain CARIGNON n'ont cessé de perdre du terrain depuis des mois, et perdent dans tous les cas de figure.

Alors pourquoi s'abandonner vers ce "no mans land"...

En attendant, et ce malgré cette focalisation médiatique sur les rivalités principales des 2 candidats star-académistes en occultant presque les pérégrinations lymphatiques de l’éventuelle lauréate « en dépit de » de cet instant démocratique, le moral est plus que jamais présent, et l’aventure ne fait que continuer…

Commentaires

1. Le lundi 11 juin 2007, à 11 h 03 par Nath

Double déception au lendemain de ce premier tour : le faible taux de participation d'une part et (conséquence sans doute de cette abstention massive) le faible score de votre duo de choc.
A croire que l'appel "à la résistance" de François Bayrou n'a pas été entendu...
On aurait bien envie de baisser les bras après cela... mais je sais que tu ne le feras pas.
Encore bravo Stéphane pour ton implication !

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