"L'abolition universelle de la peine de mort"...

Billet

Pour ou Contre... Derrière ce refus de principe, ce sont deux visions de l'homme qui s'affrontent, deux visions de l'organisation sociale. L'une résume les rapports humains aux seuls rapports de force et considère, en définitive, tout individu comme un rouage, utile ou inutile, nuisible ou non, que l'on peut éliminer de la société. L'autre fait appel au respect de chaque individu, de ses droits comme de ses responsabilités, au sein d'une société qui affirme la primauté de la vie.

La fusillade en Chine, la pendaison ailleurs, le gaz ou l'empoisonnement aux Etats-Unis : des hommes, des femmes, des mineurs, des handicapés, des exclus de toute sorte, des opposants politiques, des innocents et des coupables subissent cet assassinat qu'est la peine de mort. L'exécution d'êtres humains dessine à travers le monde une carte de l'horreur imbécile qui transcende les régimes et abolit les frontières. Les Etats-Unis y côtoient Cuba ou l'Irak ; ces pays s'associent à l'Arabie saoudite. La liste n'est pas limitative.

Tout a déjà été dit et écrit quant à l'inutilité et l'illégitimité d'une sanction qui a l'apparence d'un acte de justice et la réalité d'une vengeance. Inlassablement, il faut répéter que la peine capitale cumule toutes les injustices. Elle conduit à l'exécution d'innocents. Elle s'applique en priorité aux minorités et aux personnes venues de milieux sociaux précaires. Quant à son utilité, toujours démentie, rien ne sert d'en discourir tant il est vrai que tout postulat qui a pour fondement la mort d'un homme est, par essence, un échec. "Un homme tué par un homme effraye la pensée, un homme tué par les hommes la consterne", écrivait Victor Hugo dans son adresse aux Genevois.

Pourtant, 87 pays continuent à appliquer la mort pour les motifs les plus divers : parmi eux, certains connaissent des régimes de dictature où l'arbitraire de l'Etat va ainsi jusqu'à sa logique ultime. D'autres, en revanche, se réclament de la démocratie. Parce qu'ils sont le pays le plus puissant du monde, les Etats-Unis tiennent une place emblématique dans le concert des pays non abolitionnistes.

A l'inverse du Nicaragua et de l'Afrique du Sud où l'avènement de la démocratie a entraîné l'abolition de la peine capitale, trente-huit Etats des Etats-Unis et leur gouvernement ont, depuis 1976, rétabli la peine de mort. Plus de 3 700 condamnés à mort végètent dans les couloirs de la mort, dont une cinquantaine de femmes et autant de mineurs au moment des faits, sans compter les handicapés mentaux dont il est impossible de déterminer le nombre exact. Inégalité de traitement et discrimination raciale sont la règle. La dimension politique n'est pas absente dans un certain nombre de cas. Celui de Mumia Abu-Jamal, dont la condamnation à mort date du 3 juillet 1982, illustre assez bien le mélange dangereux que constitue une enquête faussée et un passé politique de Panthère noire regardé comme sulfureux.

Certes, une évolution se dessine. Le gouverneur de l'Illinois vient de proclamer un moratoire, considérant qu'entre 1997 et 1999, 12 personnes avaient été exécutées alors que le même nombre était innocenté et libéré. Un Etat a adopté une législation excluant les handicapés mentaux de l'application de la peine capitale et l'adhésion populaire à cette peine diminue d'intensité.

Légers progrès qui ne doivent pas faire illusion notamment face aux modifications législatives intervenues dans plusieurs Etats qui réduisent les possibilités de recours et les délais. On continue et on continuera à tuer dans les prisons américaines.

Rien n'évoluera si, aux Etats-Unis même, une puissante volonté politique ne se manifeste. Il n'en a pas été autrement en France où la volonté de François Mitterrand et le combat inlassable de Robert Badinter et de tant d'autres ont permis de mettre un terme à la peine capitale. Il n'en sera pas autrement pour tous les pays qui l'appliquent encore.

Au-delà des mots, ce sont des mesures concrètes qui peuvent et doivent être aussi mises en oeuvre.

L'Europe, celle des Quinze et celle du Conseil de l'Europe, doit elle-même marquer en son sein que la communauté de valeurs qu'elle porte ne peut se satisfaire de moratoires. Ce n'est pas un sursis qui est nécessaire ; c'est la disparition pure et simple de la peine capitale.

Cela implique, bien sûr, que l'on en termine avec la peine de mort mais aussi que l'on s'interroge sur la véracité de ces autres peines que sont les peines à perpétuité, infligées en substitution de la peine de mort.

La France, le monde, ont proclamé les droits de l'homme, leur universalité et leur indivisibilité.

L'enjeu est bien de restituer à chacun ses droits au sein de la communauté humaine, sans ne jamais oublier les victimes et leurs proches.

Abolir la peine de mort, c'est affirmer, dans le monde entier que les droits de l'homme font de l'humanité un seul visage dont procède la voix qui interdit le meurtre.

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