Bouchayer-Viallet : Les peintures absentes de Pierre Huber....

Billet

Les expositions d'oeuvres vidéo étaient, il y a peu, une rareté en France.

gemmani_pierre_huber.jpg

Voilà qu'elles se succèdent sans pour autant se ressembler. Dévoilant une part de la collection du couple Lemaître, la Maison rouge, à Paris, dessinait au printemps un parcours fluide dominé par les variations du documentaire. Dans une scénographie conçue avec les artistes, Le Magasin de Grenoble obtient cet été un résultat tout autre en déployant une partie de la collection vidéo de Pierre Huber : 17 oeuvres, choisies parmi une centaine. gemmani-collection_pierre_huber3.jpg Le célèbre galeriste genevois, réputé notamment pour sa contribution décisive à la réorganisation de la foire de Bâle dans les années 90, aujourd'hui place majeure du négoce de l'art contemporain au plan international qui se tiendra du 14 au 18 juin, a montré pour la première fois, en juin de l’année dernière au Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, une partie de sa collection personnelle : ensembles de photographies, de sculptures et d’installations d’artistes nord-américains (Jim Shaw, Mike Kelley, Cindy Sherman, etc. ) et européens (Franz West, Thomas Ruff, Rineke Dijkstra,etc.) des deux dernières décennies. gemmani-collection_pierre_huber7.jpg Ces installations, de très grande dimension, sont présentées de manière exceptionnelle à partir des plans et des instructions des artistes. gemmani-collection_pierre_huber8.jpg Timbres-poste, petites voitures Dinky Toys, le galeriste genevois a été saisi dès l'enfance de "collectionnite". Aujourd'hui, il est à la tête de quelques milliers d'oeuvres : photographies de Thomas Ruff ou de Cindy Sherman, installations de Franz West ou de Mike Kelley... gemmani-collection_pierre_huber1.jpg La vidéo, qu'il appelle les "images lumineuses en mouvement", est sa passion récente : une sorte de "peinture absente", selon lui. L'expression est à rapprocher des images mouvantes du Sud-africain William Kentridge, à découvrir en fin d'exposition. Glissant en noir et blanc, les dessins semblent émaner des murs, doucement animés comme une échographie. gemmani-collection_pierre_huber4.jpg La comparaison à la peinture ne résume pas tout. La vidéo peut être expérimentation pionnière chez Nam June Paik ou animation de marionnettes chez Tony Oursler. Elle est cinémascope avec l'artiste d'origine iranienne Shirin Neshat, qui dénonce le statut de la femme soumise au tchador à travers une prolifération de décors, une multitude de figurants et d'effets spéciaux. Hélas, démonstration et émotion ne font pas toujours bon ménage. gemmani-collection_pierre_huber2.jpg La mise en scène s'avère efficace dans ses "effets de montage", parfois saisissants. Quand la Suissesse Sylvie Fleury écrase des boules de Noël du bout de ses infinis talons aiguilles (Strange Fire, 2005), la Suédoise Annika Larsson joue d'une tension plus sourde. Dans son film Fire (2005), des corps masculins se déploient, menaçants. Emeutiers ou terroristes, ils manipulent cocktails Molotov et fusils d'assaut dans une lenteur irréelle.

Une autre langueur empreint l'oeuvre de David Claerbout. Une femme, au seuil de sa maison, se balance sur un rocking-chair. On la contemple quelques instants, attendant on ne sait quoi. Mais rien n'advient. A moins que l'on n'aille découvrir le revers de l'écran. Traversée du miroir ? C'est la même femme, de dos. Devant elle, le paysage qui nous échappait. Le corps s'est réduit à l'infra-mince de l'image.

Tout comme le visage de cette jeune fille qu'a capturé Rineke Dijkstra, célèbre pour ses photographies d'adolescents. "Je veux être avec toi", murmure une chanson. Blondinette et gênée, une gamine la susurre en play-back ; elle hésite, bafouille, comme prête à pleurer. Quelques minutes d'un karaoké malhabile condensent les malaises de cet âge. Douze play-back s'y affrontent. Une même mélodie, impossible à reconnaître à cause de la cacophonie. Chaque personnage semble dépassé, un figurant de sa propre vie.

Et si, plus que des vidéos, l'exposition mettait simplement en scène des corps dessaisis et leur terrible quête d'identité ?

A voir absolument dans ce merveilleux lieu de rencontre et de culture de notre canton, qu'est Le Magasin

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.