Comme on pouvait s’y attendre, l’anniversaire de la mort de François Mitterrand a été l’occasion d’un débordement de louanges. La classe politique, presque unanimement, a rendu hommage à l’un des siens et à l’homme suprêmement habile qui, malgré les vicissitudes, a réussi une carrière de plus de plus de cinquante ans, des coulisses de Vichy à la Présidence de la République. Le peuple de gauche, quant à lui s’est laissé aller à la nostalgie et au regret rétrospectif de ces années où les déceptions ont été nombreuses, mais ont été en partie compensées par quelques rétributions symboliques significatives, l’occupation des lieux de pouvoir par la gauche et les victoires électorales remportées sur une droite arrogante et prétentieuse.
Comme tous monarques à la belle époque, il y a des zones ombrageuses, quelques notes discordantes à propos des "affaires" et de l’argent facile des années 80-90 ; dix ans après sa mort, l'ancien président François Mitterrand est épinglé par la justice dans une ordonnance renvoyant en correctionnelle trois de ses fidèles ayant bénéficié d'emplois fictifs à Elf, alors société nationale, dans les années 90. Cette ordonnance, signée le 9 décembre par le juge Renaud Van Ruymbeke, relève que les dirigeants d'Elf ont constitué avec ces embauches "un réseau d'influence en répondant à des sollicitations qui émanaient de hauts personnages publics".
Mais de ces louanges comme de ces critiques, rien de tout cela ne constitue un bilan de cette vie, qui, pourtant, pourrait avoir des facettes exemplaires à plus d’un titre, et tout à fait pompeusement "paradigmatique", pour certaines élites de la société française.
D’une autre manière que le Général De Gaulle dont il a été l’adversaire constant et déterminé, François Mitterrand a fait l’histoire de la France de la deuxième moitié du siècle précédent. Sa forte personnalité, forgée par un itinéraire personnel fait de courage pendant sa captivité, d’échecs, d’épreuves, de calomnies et de caricatures avant que le peuple ne lui confie le destin de la nation pour quatorze ans, a laissé plus qu’une " cicatrice", une empreinte décisive pour le meilleur comme pour le pire.
François Mitterrand, le bourgeois qui ne s’est jamais renié en tant que tel, aura pu aussi comme ainsi, devenir un leader socialiste sans avoir jamais à produire les titres d’une telle identité.
Il aura, en outre, eu tout le loisir de participer à la crise de la représentation politique et du mouvement ouvrier et syndical.
C’est pourquoi, il laisse derrière lui beaucoup de décombres et d’idéologies dévastées.
Ce grand bâtisseur aura finalement été un grand destructeur et un syndic de faillites retentissantes.