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Ligne de Crête

Les petits calculs font les grandes désillusions…

Une parole vive pour penser le présent, nommer les faits et imaginer demain.

À Grenoble, les promesses de renouvellement politique se heurtent aux vieilles pratiques d'appareil. Entre alliances contrariées, calculs électoraux et ambitions personnelles, la gauche municipale semble prisonnière de ses propres contradictions. Une réflexion sans complaisance sur le courage politique, la fidélité aux convictions et cette désillusion qui grandit lorsque les stratégies prennent le pas sur l'intérêt général.
Commission des finances à Grenoble : débat sur les pratiques politiques et les équilibres municipaux

Changer les visages sans changer les pratiques

J’aurais tellement préféré me tromper. Croire que le renouvellement des visages annonçait celui des pratiques, que l’arrivée de Laurence Ruffin, issue de la société civile, pouvait affranchir Grenoble des vieilles servitudes partisanes.

Non parce que les femmes auraient naturellement davantage de vertus, mais parce que j’espérais une autre manière d’exercer le pouvoir.

Cruelle désillusion : on peut changer les acteurs sans jamais changer la pièce.

Quand la fidélité aux convictions devient un handicap

Je n’ai pas oublié que, dans les coulisses des négociations, certaines fidélités aux convictions furent considérées comme des obstacles.

Avoir refusé, à plusieurs reprises, les arrangements avec La France insoumise pouvait manifestement devenir un handicap.

Singulière conception du courage politique : écarter ceux qui n’ont pas transigé pour mieux composer avec ceux qui ne cessent de vous combattre.

Et découvrir aujourd’hui, presque ingénument, le prix de ces renoncements.

La commission des finances ou l'art du grenouillage

La pantalonnade autour de la commission des finances en offre une illustration saisissante.

Après avoir dénoncé les comportements d’Allan Brunon, jugés inacceptables, voilà que la majorité s’évertue encore à préserver des équilibres avec son groupe, celui-là même dont le chef de file multiplie les attaques contre elle.

Deux votes, deux démissions, et toujours cette obsession de ménager l’avenir.

Mais quel avenir ? Celui des Grenobloises et des Grenoblois, ou celui de quelques ambitions personnelles ?

À force de coups à trente bandes, les stratèges finissent par ne plus savoir quelle partie ils jouent.

Ce grenouillage, présenté comme une habileté politique, soulève une question autrement plus grave : jusqu’où peut-on sacrifier la cohérence et la confiance publique pour préserver des alliances ?

Les couloirs du pouvoir ne sont pas ceux du monde du travail

Derrière ces contorsions, on retrouve les vieux réflexes d’une politique de professionnels, où les carrières semblent parfois se construire davantage dans les cabinets qu’au contact des citoyens.

Des grandes écoles aux antichambres du pouvoir, puis des cabinets aux mandats, le parcours paraît tout tracé.

Il n’est pas illégitime, mais il ne saurait constituer à lui seul une école de la vie.

Les couloirs des assemblées ne sont pas ceux des usines, des hôpitaux ou des dépôts de bus.

Et les souvenirs ouvriers transmis autour des tables familiales, aussi respectables soient-ils, ne remplacent jamais la confrontation quotidienne avec le monde du travail.

On ne connaît pas toute la vie des autres par procuration.

Préparer demain avec les méthodes d'hier ?

Et que penser de ceux qui invoquent l’écologie, la jeunesse et les générations futures, lorsque leurs pratiques semblent si éloignées des principes qu’ils proclament ?

La question mérite d’être posée : certaines convictions seraient-elles devenues de simples instruments de benchmarking électoral, permettant d’ajuster un discours aux attentes d’un électorat tout en perpétuant les arrangements d’hier ?

On ne peut prétendre préparer le monde de demain en reproduisant indéfiniment les travers du passé.

Peut-être suis-je devenu un vieux con...

Alors, peut-être suis-je devenu un vieux con.

De ceux qui regrettent une époque où l’on pouvait combattre durement ses adversaires tout en leur reconnaissant une certaine hauteur de vue.

Non que la politique d’autrefois fût exemplaire, loin de là.

Mais j’ai connu des désaccords de fond, des convictions assumées et des oppositions qui ne se résumaient pas à une négociation permanente de positions.

Aujourd’hui, certains connaissent admirablement les rouages de la mécanique politique, mais semblent avoir oublié à quoi doit servir la machine.

Et lorsqu’on utilise les mauvaises pièces, il ne faut pas s’étonner que tout finisse par se gripper.

Gouverner Grenoble exige davantage que des calculs d'appareil

Je n’ai aucune complaisance envers la droite grenobloise, pas davantage envers le successeur d’Alain Carignon.

Mais une opposition réellement indépendante de la majorité ne saurait être tenue pour moins légitime qu’une opposition issue de ses propres arrangements électoraux.

Gouverner Grenoble devrait exiger autre chose que des calculs d’appareil : une direction lisible, des convictions assumées et le courage de dire non, y compris à ceux avec lesquels on a cru devoir composer.

Pendant que certains s’épuisent à préserver leurs équilibres, les Grenobloises et les Grenoblois attendent des réponses.

Cette politique des petits accommodements, lorsqu’elle prend le pas sur l’intérêt général, contribue à la défiance dont se nourrissent les extrêmes.

À Grenoble, on semble avoir trouvé une curieuse manière de gouverner : écarter ceux qui dérangent par leurs convictions, ménager ceux qui embarrassent par leurs comportements et appeler cela de l’intelligence politique.
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