Cette étrange contradiction entre l'espoir et la lucidité
À celles et ceux avec qui j'échangeais récemment, et qui ont peut-être perçu dans mes réserves une forme de pessimisme, j'aimerais faire comprendre cette étrange contradiction qui m'habite depuis quelque temps.
Celle de vouloir croire de toutes ses forces, tout en redoutant ce que la confiance peut parfois nous coûter.
Il est une fatigue que le repos ne répare pas
Il est une fatigue que le repos ne répare pas.
Celle d'avoir cru, défendu, combattu, parfois longtemps dans la solitude, avant de voir surgir les résistants de la dernière heure, les fidélités soudaines et les convictions qui semblent naître à mesure que se rapprochent les perspectives de pouvoir.
Et puis ces entourages qui, prétendant protéger, finissent parfois par écarter celles et ceux dont la seule ambition était de servir une cause plutôt que de s'en servir.
Servir une cause plutôt que de s'en servir.
Ce que les années nous apprennent
Avec les années, on comprend que le temps ne nous appartient pas. Que les forces s'amenuisent, que les combats nous survivront peut-être, mais que nous ne leur survivrons pas toujours.
Et pourtant, là où la raison pourrait nous inviter à la résignation, quelque chose résiste encore.
Cette obstination presque déraisonnable à croire qu'il existe, au fond de l'être humain, une part de bonté, de droiture et de sincérité qui mérite que l'on continue.
Ce que signifie véritablement s'engager
Car l'engagement véritable ne se mesure ni aux fonctions occupées ni aux places conquises, mais à ce que l'on accepte de perdre pour rester fidèle à ce que l'on croit juste.
Pour certaines et certains, la politique n'est qu'une succession d'opportunités.
Pour d'autres, elle traverse une vie entière, avec ses sacrifices, ses blessures et cette difficulté croissante à confier de nouveau ses espérances à celles et ceux qui promettent de les porter.
L'engagement véritable ne se mesure ni aux fonctions occupées ni aux places conquises, mais à ce que l'on accepte de perdre pour rester fidèle à ce que l'on croit juste.
La sincérité ne devrait jamais devenir un obstacle
Je n'attends ni femmes ni hommes providentiels.
Je voudrais seulement que les convictions ne deviennent pas les instruments des ambitions et que la sincérité ne soit jamais considérée comme un obstacle à contourner.
L'existence m'a aussi appris que lorsque l'on aime véritablement quelqu'un, on ne lui rend pas service en taisant ce qui dérange.
La franchise n'est pas une déloyauté. Elle est parfois la forme la plus courageuse de l'attachement.
Il devrait en aller de même de nos engagements et de nos espérances collectives.
Un soutien n'est pas un chèque en blanc
Fermer les yeux sur ce qui nous inquiète, sous prétexte de préserver une promesse, c'est déjà commencer à la fragiliser.
Je l'ai déjà exprimé, un soutien n'est pas un chèque en blanc.
Soutenir ne signifie pas abandonner sa liberté de jugement.
La fidélité n'exige pas le silence, pas davantage que l'espoir ne dispense de lucidité.
Continuer à croire sans renoncer à la vérité
Alors non, je ne veux pas renoncer à l'idéal.
Je veux continuer à croire en l'humanité, en sa capacité à se grandir, à se dépasser et à faire prévaloir le bien commun sur les intérêts particuliers.
Mais je voudrais que nous ayons collectivement le courage de regarder au-delà de ce qui nous rassure, de nommer ce qui nous dérange et de refuser les complaisances qui préparent les désillusions.
Parce qu'au bout du compte, ce qui importera peut-être le plus ne sera pas d'avoir eu raison de croire, mais de n'avoir jamais accepté, pour continuer à espérer, de renoncer à la vérité.