À quelques jours du 7 octobre
À quelques jours du 7 octobre, je voulais vous livrer une pensée qui m’accompagne depuis quelque temps. Une réflexion née de ce que j’observe, de ce que j’entends, et de cette impression persistante que certaines vieilles mécaniques n’ont jamais complètement disparu.
Elles changent de mots, de visages, de camps parfois, mais elles reviennent. Et lorsqu’il s’agit des Juifs de France, je crois que nous devons avoir la lucidité de les regarder en face.
Il y a quelque chose de profondément inquiétant lorsque les Juifs deviennent politiquement utiles.
Quand une communauté devient politiquement utile
Utiles pour effacer une histoire encombrante. Utiles pour se donner une respectabilité nouvelle. Utiles, ailleurs, pour construire un repoussoir, rassembler un électorat ou transformer un conflit tragique en marqueur d’appartenance politique.
Les méthodes ne sont pas les mêmes, les histoires ne sont pas les mêmes. Mais le danger commence au même endroit : lorsque des femmes et des hommes cessent d’être considérés comme des citoyens pour devenir une communauté que l’on convoque, protège ostensiblement, soupçonne ou instrumentalise selon les besoins du moment.
Un mot ne peut pas devenir un brevet d’humanité
C’est aussi pour cela que le débat autour du mot « génocide » me gêne lorsqu’il devient une sommation.
Ce terme existe, il est employé et argumenté. Il mérite donc un débat sérieux. Mais il ne peut devenir un brevet d’humanité délivré à celles et ceux qui le prononcent, ni une preuve de culpabilité contre celles et ceux qui restent prudents sur sa qualification juridique.
On peut ne pas utiliser ce mot et être absolument bouleversé par ce qui se passe à Gaza. On peut condamner avec la plus grande fermeté la politique de Netanyahou, les morts civiles, les destructions, la situation humanitaire et la colonisation en Cisjordanie.
On peut défendre sans ambiguïté un État palestinien vivant en paix aux côtés d’Israël. On peut aussi condamner les crimes du 7-Octobre et exiger la sécurité des Israéliens.
Rien de tout cela n’est contradictoire.
Je refuse cette police des mots
Et pourtant, jusque dans notre propre famille politique, certaines et certains semblent parfois vouloir transformer un mot en ligne de partage : dites « génocide » et vous appartenez au bon camp ; refusez cette qualification ou demandez que le droit tranche, et vous voilà suspect de complaisance avec Netanyahou, voire renvoyé au « sionisme » comme si le terme constituait en lui-même une infamie.
Je refuse cette police des mots.
D’autant plus lorsque ce débat se mêle à celui de notre rapport à La France insoumise. Notre proximité ou notre distance avec LFI ne devrait jamais se mesurer à notre capacité à prononcer le mot attendu.
Refuser une alliance avec LFI ne rend personne moins sensible au sort des Palestiniens, moins attaché à la paix ou moins déterminé à combattre la politique menée aujourd’hui par le gouvernement israélien.
Une vieille mécanique qui sait changer de visage
Car derrière tout cela demeure une vieille mécanique humaine : chercher une communauté qui puisse porter nos peurs, nos colères ou nos contradictions.
L’antisémitisme a traversé les siècles précisément parce qu’il possède cette effrayante capacité d’adaptation. Il change de vocabulaire, de justification, parfois même de camp politique.
Hier, le Juif était accusé d’être apatride ; ailleurs, de former une puissance occulte ; aujourd’hui, il peut être sommé de répondre d’Israël ou regardé comme le représentant d’un conflit à plusieurs milliers de kilomètres.
C’est là que nous devons être extrêmement vigilants.
Les Juifs de France ne sont pas un outil politique
Les Juifs de France ne sont pas un outil politique.
Ils n’ont pas à être le certificat de respectabilité des unes et des uns, ni la variable d’ajustement électorale des autres.
Ils n’ont pas à répondre de Netanyahou. Ils n’ont pas davantage à fournir leurs certificats d’antisionisme pour être considérés comme de bons citoyens.
Ils sont Français. Ils sont chez eux.
L’universalisme commence peut-être simplement là
Et peut-être que le véritable universalisme républicain commence simplement par là :
Refuser que l’identité d’un être humain devienne jamais l’outil politique d’un autre.