Passer au contenu principal

Ligne de Crête

Le goût amer d’une délivrance

Une parole vive pour penser le présent, nommer les faits et imaginer demain.

Arnaud Denis avait 43 ans et encore tant à jouer, à écrire, à transmettre. Il a choisi l’euthanasie en Belgique pour mettre fin à des souffrances devenues insupportables. Militant du droit de mourir dans la dignité, je respecte profondément cette liberté. Mais demeure un goût amer : permettre de choisir sa fin est un progrès ; tout faire pour que personne ne soit prématurément conduit à ce choix doit l’être aussi.
Hommage à Arnaud Denis
Arnaud Denis avait 43 ans. Un âge où le rideau devrait encore se lever, pas tomber.

Un âge où le rideau devrait encore se lever

Arnaud Denis avait 43 ans.

Un âge où l’on devrait encore parler de projets, de créations, de lendemains. Un âge où le rideau devrait se lever, pas tomber.

Aujourd’hui, il a choisi de mourir en Belgique pour mettre fin à des souffrances devenues insupportables, apparues après une intervention chirurgicale qui avait bouleversé son existence.

Et moi qui milite depuis tant d’années pour le droit de mourir dans la dignité, je devrais peut-être me dire qu’au moins, sa volonté a été respectée. Qu’il a pu décider. Qu’il a pu être délivré.

Mais je n’y arrive pas.

Il reste un goût amer.

Notre combat n’a jamais été celui de la mort

Car notre combat n’a jamais été celui de la mort.

Il est celui de la liberté, de la dignité, du refus de l’acharnement et de la souffrance imposée.

Et lorsqu’un homme de 43 ans en vient à demander que l’on mette fin à sa vie parce que la douleur a fini par dévorer tout le reste, il n’y a rien à célébrer.

Il y a seulement à respecter.

Et à pleurer.

Tant à jouer, tant à écrire, tant à transmettre

Arnaud Denis était un homme de théâtre, un comédien, un metteur en scène, un créateur. Il avait encore tant à jouer, tant à écrire, tant à transmettre.

Jamais il n’aurait dû avoir à choisir entre souffrir et mourir.

C’est cela qui me bouleverse.

Bien sûr, pour lui, cette mort aura peut-être été une délivrance. Mais une délivrance ne transforme pas une tragédie en victoire.

Quel gâchis.

Permettre de choisir sa fin, mais tout faire pour préserver la vie

Le véritable progrès ne sera pas seulement de permettre à chacun de choisir sa fin.

Il sera aussi de tout faire pour que la souffrance, la médecine ou les accidents de la vie ne viennent jamais voler prématurément à un être humain le désir de continuer.

Ce soir, je pense à Arnaud Denis, à ses proches, à ceux qui l’ont aimé.

Et derrière le soulagement de savoir sa souffrance terminée demeure une immense tristesse.

Parce qu’à 43 ans, on devrait encore avoir toute la vie devant soi.

Pas avoir à choisir d’y mettre fin.

💬 Laissez un commentaire

0 commentaire(s)

✨ Ajouter un commentaire

✏️ Écrire un commentaire