7 000 ans de glace disparaissent. Et nous regardons encore ailleurs.
Il y a des nouvelles qui inquiètent. Et puis il y en a qui provoquent une immense tristesse.
À l’Aiguille du Midi, près de 15 000 mètres cubes de roche viennent de s’effondrer. Dans le massif du Mont-Blanc, plus de 200 écroulements importants ont déjà été recensés cet été. Et au Triangle du Tacul, des glaces vieilles de près de 7 000 ans ont entièrement disparu.
Sept mille ans !
Sept mille ans d’histoire climatique effacés sous nos yeux. Et il faudrait encore considérer cela comme une péripétie ? Attendre le prochain record, le prochain glacier qui recule, la prochaine montagne qui s’effondre pour accepter enfin de regarder ce qui est devant nous ?
On me traitera peut-être encore de Cassandre. Peu importe. Les scientifiques, eux, constatent. La chaleur gagne les altitudes, le permafrost se dégrade, les écroulements se multiplient et des faces nord autrefois couvertes de glace sont aujourd’hui presque nues.
La montagne nous parle. Le problème est que nous refusons encore trop souvent de l’entendre.
S’adapter ne signifie pas renoncer à agir
Je ne crois ni au catastrophisme ni à la résignation.
Une partie du changement climatique est engagée. Nous devrons nous adapter, protéger les populations, transformer nos infrastructures et apprendre à vivre dans un monde qui n’est déjà plus celui d’hier.
Mais s’adapter aux conséquences ne nous dispense pas de combattre les causes.
Ce serait une étrange conception de notre responsabilité que d’apprendre à vivre avec l’incendie tout en continuant à l’alimenter.
Alpes françaises 2030 : des Jeux, oui. Mais pas à n’importe quel prix.
C’est aussi dans cet esprit que nous avons posé, dès l’origine, nos conditions concernant les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises.
Nous ne sommes pas opposés aux Jeux. Nous sommes opposés à des Jeux qui feraient comme si rien n’avait changé.
Nous avons demandé de la transparence sur leur coût, des garanties environnementales, l’utilisation prioritaire des équipements existants, la protection des territoires et un véritable contrôle démocratique.
Cette position, je l’ai portée au Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes. Je continuerai à la porter chaque fois qu’il le faudra.
Des Jeux, oui. Mais pas à n’importe quel prix. Ni financier, ni écologique, ni territorial.
Et aujourd’hui, pendant que la montagne craque, le COJOP connaît tensions de gouvernance, départs et désaccords.
Comment ne pas être saisi par ce contraste ?
Nos querelles de personnes et nos batailles d’ego paraissent bien petites lorsqu’une glace qui avait traversé sept millénaires disparaît en quelques mois.
Et si nous avions le courage de réinventer les Jeux d’hiver ?
Alors peut-être faut-il aller plus loin encore et avoir le courage de réinventer les Jeux d’hiver eux-mêmes.
Pourquoi faudrait-il demain concentrer toutes les épreuves sur un même territoire si les conditions climatiques ne le permettent plus ?
Un pays pourrait porter les Jeux tout en organisant certaines compétitions ailleurs, sur des sites déjà équipés et climatiquement adaptés.
Mieux vaut déplacer une épreuve que déplacer des montagnes pour l’accueillir.
Ce serait un changement considérable.
Mais continuer comme avant serait bien plus déraisonnable encore : ce serait faire le pari que la nature finira par s’adapter à nos décisions.
Elle ne le fera pas.
Faire des Alpes 2030 les Jeux qui auront compris avant les autres
Les Alpes françaises 2030 pourraient encore devenir les Jeux qui auront compris avant les autres.
Des Jeux sobres, responsables, capables de préserver le rêve olympique précisément parce qu’ils auront accepté de changer.
2030, c’est demain.
Et nous devons maintenant avoir le courage d’être à la hauteur de ce que la montagne nous montre.
Car derrière les cérémonies, les médailles et la gloire éphémère d’accueillir le monde, une question beaucoup plus simple demeure :
qu’aurons-nous laissé lorsque la flamme se sera éteinte ?
Cet été, une glace vieille de 7 000 ans a disparu.
Nous pouvons continuer à regarder ailleurs.
Ou enfin entendre ce que la montagne nous dit…
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