Une conception différente de la démocratie
Lors de votre récente conférence de presse, vous avez cru bon de commenter mon engagement sur la troisième circonscription de l'Isère.
Puisque vous choisissez le débat public, permettez-moi d'y répondre publiquement.
Vous semblez considérer qu'une circonscription relève d'un droit acquis, presque d'un patrimoine politique.
Je ne partage pas cette vision de la démocratie.
Une circonscription ne devrait jamais s'hériter. Elle devrait toujours se mériter.
Elle n'appartient ni à un parti, ni à un appareil, ni à ceux qui distribuent les investitures.
Elle appartient aux habitants.
Une mémoire politique sélective
Vous semblez avoir oublié que Michel Destot a représenté cette circonscription pendant de très nombreuses années.
Personne ne prétendait alors qu'elle était devenue la propriété du Parti socialiste.
Pourquoi ce qui était inconcevable hier deviendrait-il acceptable aujourd'hui ?
Vous invoquez régulièrement l'union de la gauche.
Pourtant, dans les faits, La France insoumise consacre une énergie considérable à combattre les autres forces de gauche.
À force de désigner des adversaires dans son propre camp, il ne faut pas s'étonner que la confiance s'effrite.
Les leçons de démocratie commencent par soi-même
Avant de vouloir donner des leçons de démocratie aux autres, encore faut-il commencer par les appliquer à soi-même.
Lorsque vous annoncez publiquement vouloir empêcher une artiste de se produire en organisant un « blocus militant » et en mobilisant « les moyens humains », vous franchissez une ligne rouge.
En démocratie, on répond à une idée par une autre idée, pas en empêchant une représentation.
Cette conception de la liberté d'expression et de la création artistique interroge profondément votre conception de la démocratie.
Et lorsque, dans le même temps, deux élus de votre propre groupe dénoncent publiquement un « système bien rodé de violences et de jeux de pouvoir » avant de quitter leurs fonctions, cela ne donne pas davantage de leçons à recevoir en matière de fonctionnement démocratique.
Deux parcours, deux expériences
Pour ma part, je n'ai jamais considéré un mandat comme une rente, ni une investiture comme un héritage.
Être élu, ce n'est pas attendre les élections.
C'est être présent, écouter, proposer et agir.
Voilà plus de trente ans que je suis engagé auprès des Grenobloises et des Grenoblois.
Je suis conducteur de bus, un ouvrier du transport dans l'agglomération grenobloise.
Chaque jour, je partage le quotidien des habitants, leurs préoccupations, leurs difficultés et leurs espoirs.
Je vis cette ville dans la vraie vie, pas uniquement au rythme des échéances électorales.
C'est sans doute ce qui nous distingue.
Mon engagement s'est construit dans le travail, dans le monde associatif, au volant d'un bus, auprès des plus fragiles avec le Samu Social, puis dans les responsabilités publiques.
Le vôtre s'est construit au sein des appareils politiques et des fonctions de collaborateur.
Je ne conteste pas ce parcours.
Mais lorsqu'on prétend représenter la vie des autres, il faut aussi avoir connu autre chose que la vie politique.
Une autre idée de la République
La République n'a pas besoin d'une nouvelle génération de professionnels de l'appareil.
Elle a besoin d'élus qui apportent avec eux un morceau de vie réelle, une expérience professionnelle et une connaissance concrète du quotidien de celles et ceux qu'ils représentent.
Avant de parler au nom des citoyens, encore faut-il avoir partagé leur vie autrement qu'à travers les permanences, les réunions et les cabinets.
Je continuerai à défendre une gauche républicaine, sociale, laïque, européenne et profondément démocratique.
Une gauche qui rassemble au lieu d'exclure, qui débat au lieu de censurer, qui convainc au lieu d'empêcher, qui respecte la pluralité des opinions plutôt que de chercher à les faire taire.
La seule légitimité
À chacun sa conception de la politique.
La mienne est simple : la confiance ne se distribue pas dans les appareils.
Elle se mérite, chaque jour, auprès des citoyens.
La démocratie ne consiste pas à faire taire ceux qui pensent autrement, ni à faire le vide autour de soi.
Elle consiste à convaincre.
C'est une différence essentielle.
Je ne demande aucun privilège, aucun héritage, aucun passe-droit.
Je demande simplement que les citoyens soient libres de choisir.
C'est cela, la démocratie.
Et c'est précisément parce que je crois à cette exigence démocratique que je continuerai mon engagement, librement, avec une seule boussole : l'intérêt général.
Les électrices et les électeurs décideront. Comme toujours. Parce qu'en démocratie, une circonscription n'appartient à personne. Elle ne s'hérite pas. Elle se mérite.
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