Un débat attendu, une occasion manquée
J'ai écouté, jusque tard dans la soirée, les échanges du conseil municipal autour du vœu présenté par le groupe La France insoumise, consacré à une politique de sûreté face au trafic de stupéfiants.
J'en attendais beaucoup.
Non pas parce qu'un vœu allait, à lui seul, résoudre une crise qui gangrène Grenoble depuis des années.
Mais parce que je pensais qu'au-delà des clivages politiques, cette discussion serait enfin l'occasion d'un débat de fond, à la hauteur de la gravité de la situation.
Ma déception n'en est que plus grande.
Car, au fil des interventions, j'ai eu le sentiment d'assister moins à une confrontation de projets qu'à une succession de postures.
Chacun est resté fidèle à son logiciel. Chacun a récité son rôle.
Et pendant ce temps, les Grenoblois, eux, continuent de vivre avec la peur, les règlements de comptes, les points de deal et un narcotrafic qui n'a jamais été aussi puissant.
À force de commenter la réalité sans la transformer, une question finit par s'imposer : qui, aujourd'hui, est réellement prêt à prendre les décisions qu'exige la situation ?
Une lecture idéologique insuffisante
Le vœu présenté par La France insoumise est resté fidèle à une lecture essentiellement idéologique.
Oui, la prévention est indispensable. Oui, il faut renforcer la police judiciaire. Oui, il faut investir davantage dans les quartiers populaires.
Sur ces constats, il existe des points de convergence.
Mais comment peut-on prétendre reprendre le contrôle de territoires abandonnés à des organisations criminelles tout en proposant la suppression de la BAC, de la BST ou le désarmement progressif de la police municipale ?
Comment peut-on parler de reconquête républicaine en affaiblissant les outils mêmes qui permettent de lutter contre des réseaux toujours plus organisés et toujours plus armés ?
Face à des criminels qui utilisent des armes de guerre et imposent leur loi par la violence, ces propositions me paraissent totalement déconnectées de la réalité.
L'amnésie n'est pas une politique
La droite, quant à elle, a dénoncé ce catalogue avec la vigueur qu'on lui connaît.
Mais l'indignation ne tient pas lieu de politique publique.
Ceux qui donnent aujourd'hui des leçons devraient aussi regarder leur propre bilan.
L'affaiblissement de la police de proximité et les réductions d'effectifs décidées par les gouvernements de droite ont également contribué à éloigner l'État du terrain.
On ne construit pas une politique crédible sur l'amnésie.
Une majorité municipale trop prudente
Et puis il y a eu l'intervention de la majorité municipale.
C'est probablement celle qui m'a le plus déçu.
Parce qu'elle semblait avoir été écrite pour ne froisser personne.
On reprend quelques constats de La France insoumise. On prend ses distances avec ses propositions les plus excessives. On rappelle que la prévention est essentielle, que la police judiciaire manque de moyens, que la situation est complexe.
Très bien.
Mais ensuite ?
Quels engagements nouveaux ?
Quel calendrier ?
Quels investissements ?
Quelle ambition municipale ?
À aucun moment je n'ai entendu une stratégie.
Seulement un commentaire de la situation.
Les Grenoblois n'ont plus besoin qu'on leur explique que les choses sont compliquées. Ils le vivent chaque jour.
Ils attendent désormais que leurs responsables politiques prennent des décisions.
Une crise qui exige une incarnation politique
Et je dois dire mon incompréhension.
Sur un sujet devenu probablement la première préoccupation des habitants, j'aurais attendu que la maire porte elle-même une vision politique forte.
J'aurais également attendu que cette réponse soit incarnée par l'adjoint chargé de la sécurité, dont c'est précisément la responsabilité.
Ce ne fut ni l'un ni l'autre.
Cette absence d'incarnation politique interroge.
Dans une ville confrontée à une crise sécuritaire d'une telle intensité, les Grenoblois sont en droit d'attendre davantage que des déclarations de principe.
Ils attendent un cap, une volonté, un engagement clair.
Une autre voie existe
Pendant que certains découvrent aujourd'hui la sécurité, que d'autres continuent de l'instrumentaliser et que d'autres encore semblent hésiter à l'assumer pleinement, cela fait près de dix ans que je défends une autre voie.
En 2016 déjà, je proposais un véritable Grenelle de la sécurité urbaine.
En 2018, j'affirmais qu'il était temps que la gauche cesse d'abandonner ce sujet à la droite.
Parce que les premières victimes de l'insécurité ne vivent pas dans les quartiers privilégiés.
Elles vivent dans les quartiers populaires.
Elles sont les premières victimes des trafics, des intimidations, des règlements de comptes et de la loi des réseaux criminels.
Je le disais hier.
Je le dis aujourd'hui avec encore davantage de conviction : la sécurité est la première des solidarités.
Il ne peut y avoir de justice sociale lorsque l'on renonce à protéger les plus fragiles.
Prévention et autorité : il faut les deux
Mais protéger ne signifie pas choisir entre prévention et autorité.
Cette opposition est une impasse.
Il faut les deux.
C'est précisément le sens des États généraux citoyens de la sécurité que nous avons lancés.
Non pas pour produire un rapport de plus, mais pour construire un véritable projet de reconquête républicaine.
Nous proposons un renforcement progressif de la police municipale jusqu'à environ deux cents agents, avec un armement adapté aux réalités du terrain.
Nous proposons de doubler les effectifs d'éducateurs spécialisés, d'intégrer des psychologues au sein de la police municipale afin d'accompagner les agents comme les victimes, de créer un Centre de Supervision Urbain fonctionnant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, d'étendre la vidéoprotection là où elle est utile, de lutter contre le blanchiment de l'argent du narcotrafic derrière certains commerces de façade, de renforcer les contrôles en lien avec les bailleurs sociaux, de mieux coordonner la Police nationale, la Police municipale, la Justice, l'Éducation nationale, les associations et les travailleurs sociaux, et d'investir massivement dans la prévention pour empêcher les plus jeunes de tomber dans les trafics.
Nous proposons aussi une véritable stratégie pluriannuelle, avec des objectifs, des moyens et une évaluation publique des résultats.
Des moyens exceptionnels pour une situation exceptionnelle
Mais il faut aussi avoir le courage de regarder la réalité en face.
Lorsque des organisations criminelles utilisent des armes de guerre, que les effectifs de police demeurent insuffisants et que certains quartiers connaissent une violence d'une intensité exceptionnelle, la République doit pouvoir mobiliser des moyens exceptionnels.
C'est pourquoi je souhaite que l'État étudie la possibilité d'un renfort temporaire des forces de sécurité intérieure par des militaires, dans un cadre strictement défini, sous l'autorité de l'État et en complément des missions de la Police nationale et de la Gendarmerie.
Notre armée est une armée républicaine.
Face à une situation exceptionnelle, il n'y a aucune faiblesse à mobiliser tous les moyens que la République met à la disposition de celles et ceux qui la défendent.
Le temps des décisions
Le temps des diagnostics est terminé.
Le temps des prudences oratoires l'est tout autant.
Grenoble n'a plus besoin d'élus qui expliquent la réalité.
Les habitants la connaissent mieux que quiconque.
Elle a besoin d'élus qui décident.
Elle a besoin d'élus qui assument.
Elle a besoin d'élus qui aient le courage de faire ce qui est nécessaire, même lorsque cela bouscule les certitudes de leur propre camp.
Car une République qui hésite recule. Une République qui protège rassemble. Et la sécurité restera toujours la première des solidarités.
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