Ligne de Crête

Il est des haines qui avancent masquées

Une parole vive pour penser le présent, nommer les faits et imaginer demain.

Quand l’antisionisme devient le paravent commode de vieilles haines, la liberté de créer et de débattre recule. Défendre Joann Sfar et Barbara Butch, c’est défendre une démocratie qui ne trie pas les artistes selon les procès d’intention.
Joann Sfar et Barbara Butch

Le débat d’idées mérite mieux que les caricatures

Traiter Joann Sfar de fasciste est une absurdité pour quiconque connaît son parcours, ses engagements et ses prises de position. On peut partager ou non certaines de ses analyses. Mais ce qui me frappe surtout, c’est que son œuvre et ses interventions sont profondément traversées par l’humanisme, la lutte contre le racisme, contre l’antisémitisme et contre toutes les formes de haine.

Le caricaturer en ennemi de la démocratie relève davantage du procès d’intention que du débat d’idées.

Critiquer un gouvernement n’est pas désigner un peuple

Pour ma part, je suis en profond désaccord avec les politiques menées par le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Mais critiquer un gouvernement n’autorise pas à désigner comme ennemis tous ceux qui rappellent le droit d’Israël à exister ou qui refusent la haine des Juifs.

L’antisionisme n’est pas toujours de l’antisémitisme, mais il arrive trop souvent que certains utilisent le premier pour masquer le second.

La liberté artistique n’est pas négociable

Je pense également à Barbara Butch. Sa venue à Grenoble est avant tout une démarche artistique.

Chacun est libre d’apprécier ou non ses prises de position. Mais vouloir empêcher une artiste de se produire parce que l’on désapprouve ses opinions est une conception bien étrange de la liberté d’expression.

Attention aux nouveaux dogmatismes

À force de distribuer des brevets d’antifascisme et de voir des fascistes partout, certains devraient parfois s’interroger sur leurs propres méthodes.

La démocratie ne vit ni de l’intimidation, ni des campagnes de haine. Elle vit du débat, de la contradiction et du respect de la liberté de chacun.

Une liberté pour tous ou pour personne

Je me méfie de tous ceux qui prétendent défendre la liberté d’expression à condition qu’elle pense comme eux.

La liberté n’est pas un privilège réservé à son camp. C’est un principe.

Et un principe ne vaut que lorsqu’il s’applique aussi à ceux avec lesquels nous sommes en désaccord. C’est précisément dans ces moments-là que l’on mesure la sincérité de notre attachement à la démocratie.

La liberté d’expression n’a de valeur que lorsqu’elle protège aussi ceux dont nous contestons les idées.

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