Ligne de Crête

Face au narcotrafic, les demi-mesures ne suffisent plus

Une parole vive pour penser le présent, nommer les faits et imaginer demain.

Face à l’ampleur du narcotrafic à Grenoble, Stéphane Gemmani estime que les demi-mesures ne suffisent plus et appelle à une action publique ferme, coordonnée et durable...

En scrollant sur X, anciennement Twitter, je suis tombé sur ces vidéos glaçantes d’un jeune homme lisant ses derniers mots sous la menace d’une arme, avant ce qui semble être son exécution dans une voiture ensuite incendiée à Échirolles.

Et comme souvent, ce sont des comptes d’extrême droite qui relayaient ces images in extenso, transformant l’horreur humaine en carburant politique.

Le monopole du réel

Mais au fond, une autre question nous est posée : faut-il continuer à détourner le regard sous prétexte de ne pas “faire leur jeu” ?

Car pendant que certains exploitent cyniquement ces drames pour nourrir la haine et la peur, d’autres ont parfois tellement hésité à regarder la réalité en face qu’ils leur ont laissé le monopole du sujet.

Une guerre larvée

Pourtant, quand des grenades militaires explosent dans nos quartiers, quand des armes de guerre circulent, quand la mort devient un message diffusé sur les réseaux sociaux comme un trophée, alors il faut avoir le courage de nommer les choses : nous faisons face à une forme de guerre larvée.

Et face à cela, les demi-mesures ne suffiront plus. Le saupoudrage permanent de moyens non plus.

La police et la gendarmerie ne peuvent pas porter seules une telle situation. Il faudra des effectifs renforcés, des équipements adaptés, davantage de renseignement, une présence massive et durable de l’État dans les quartiers les plus touchés, y compris avec l’appui des forces armées lorsque des armes de guerre et des logiques quasi-militaires s’installent sur certains territoires.

Il faudra aussi une justice plus rapide, une prévention réelle, de l’éducation, des éducateurs spécialisés, des repères et une reconstruction humaine profonde.

Réparer l’humain

Car ces jeunes ne naissent pas déshumanisés : ils le deviennent dans des territoires abandonnés au trafic, à l’argent facile, au vide et à la perte totale de repères.

La sécurité n’est pas l’ennemie des solidarités. Elle en est la première condition.

Et si les forces démocratiques et humanistes ne reprennent pas ce sujet avec lucidité, courage et humanité, alors ce sont les marchands de peur qui continueront à parler à la place de toute la société.

Refuser l’effondrement

Sinon, demain, les extrêmes arriveront au pouvoir sur cette colère accumulée. Puis ils expliqueront à leur tour que rien ne peut être réglé rapidement à cause du prétendu “héritage” laissé par les autres.

Et pendant ce temps-là, la violence continuera de gagner du terrain.

Dire cela n’est pas céder au désespoir.
C’est refuser que l’horreur devienne normale.

💬 Laissez un commentaire

0 commentaire(s)

✨ Ajouter un commentaire

✏️ Écrire un commentaire