Ligne de Crête

Quand la politique abîme : briser le tabou de la santé mentale des élu(e)s

Une parole vive pour penser le présent, nommer les faits et imaginer demain.

Il fut un temps où la santé mentale des élu(e)s était un tabou. Ce temps recule, et c’est heureux. Mais une incohérence demeure, et elle doit être dite.

 

On ne peut pas, d’un côté, en politique, affirmer vouloir prendre soin de la santé des Français, et de la santé mentale en particulier, et de l’autre, par nos comportements, générer nous-mêmes ces fragilités. Cette contradiction existe. Elle abîme. Et elle doit nous interroger collectivement.

Je ne dis pas cela pour me livrer, encore moins par exhibitionnisme. Mais parce que c’est nécessaire. Dire les choses, c’est permettre à certains de prendre conscience de ce qu’ils peuvent produire, et éviter que d’autres aient à traverser ce que je traverse aujourd’hui.

Car derrière les fonctions, il y a des femmes et des hommes. Des personnes normales. Avec leurs forces, leurs fragilités, leurs moments de doute. Et même si nous sommes des millions à traverser des périodes difficiles, il est toujours frappant de constater qu’en politique, la solidarité peut parfois être plus faible qu’ailleurs. Certaines fragilités sont exploitées, instrumentalisées, utilisées pour déstabiliser davantage, tout en gardant la main sur le cœur et les mots de bienveillance.

D’autant que je ne suis pas un cas isolé. Des études récentes montrent qu’une part importante des élus connaît des formes d’épuisement, parfois profondes. Cela devrait nous alerter bien davantage.

Pendant plus de quinze ans, j’ai accompagné mon père atteint d’une maladie neurodégénérative. J’ai vu l’épuisement des aidants, leur solitude, leur engagement silencieux. Nous leur devons davantage. Sans eux, notre système de solidarité ne tiendrait pas. Et pourtant, nous ne les soutenons pas assez.

Puis il y a eu la séquence politique. Depuis des années, à la Région, je défends Grenoble et l’Isère avec constance. J’avais placé beaucoup d’espoir dans une échéance municipale. Elle s’est effondrée. Et avec elle, quelque chose en moi.

On dit souvent que la vie est faite de hauts et de bas. C’est vrai. Mais ces bas-là ne sont pas théoriques. Ils pèsent, ils usent, et parfois atteignent plus profondément qu’on ne l’aurait imaginé.

Je ne suis pas ressorti renforcé. J’en suis ressorti fragilisé. Et aujourd’hui, je m’en sors difficilement, lentement, trop lentement.

Certains diront que ce n’est rien, que je vais m’en remettre, que d’autres vivent pire. C’est vrai. Mais la souffrance ne se compare pas, elle se vit. Et même entouré, même ancré dans le réel, on peut se sentir profondément seul.

Je ne me suis pas engagé pour ça. La politique ne devrait pas abîmer. Elle devrait élever, rassembler, protéger.

Alors disons-le clairement : la santé mentale ne concerne pas uniquement “les autres”. Elle nous concerne toutes et tous. Et si nous voulons être crédibles, commençons par être cohérents. Refusons d’être, nous-mêmes, les producteurs de ce que nous prétendons combattre.

Parce que l’engagement ne devrait jamais faire sombrer. Il devrait aider à tenir, ensemble…

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